L'oeil de l'éléphant

Sur un air de Ghana

09:46, 10/06/2013, Ghana .. 0 commentaires .. Lien
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Bonjour à tous.Comme Sylvain l'avait fait pour moi il y a quelques semaines, c'est à moi que reviens l'honneur de publier son article où il présente le Ghana. Je n'en dis pas plus, à vous de lire.

 

Le Ghana possède environ 25 millions d'habitants et est complètement encerclé de pays francophones (la côte d'ivoire, le Burkina-Faso et le Togo), ce qui explique ma venue ici en tant que professeur de français. C'est d'ailleurs probablement à cause de sa situation géographique que les français connaissent moins ce pays que ses voisins. Malgré tout, c'est un pays qui possède bien des côtés intéressants !

Elimna

Le Ghana est un pays côtier d'environ 25 millions d'habitants avec l'anglais pour langue officielle. Sa situation géographique est étonnant puisqu'il est le seul pays anglophone entouré de pays francophones. Sa capitale est Accra (non, non, « accra de morue » ne vient pas de là) qui possède environ 3 millions d'habitants. Sa capitale, bien que dominant largement d'un point de vue économique, n'est cependant pas la plus intéressante d'un point de vue touristique. Le berceau culturel se situe à Kumasi, en région ashanti (dont je vous parlerai ensuite), alors que la région du littoral est beaucoup plus intéressante à l'ouest du pays.

 

Le Ghana a été sévèrement touché par le commerce triangulaire. Les forts d'esclaves (qu'on visite désormais) qui se dressent sur les plages du pays en sont le meilleur témoignage.

Fort d'Elimina

La république du Ghana n'a pas toujours porté ce nom. Ce pays s'appelait Côte d'Or sous l'occupation anglaise et néerlandaise et a change de nom lorsque Kwame Nkrumah, son premier président, a obtenu son indépendance en 1957 et a fondé la république du Ghana. Le Ghana est d'ailleurs le deuxième pays africain à avoir obtenu son indépendance..

Le Ghana est largement pris en exemple pour sa stabilité politique, en particulier lorsqu'on le compare à ses voisins. Les ghanéens sont extrêmement fiers de cette situation et font absolument tout pour des éléctions les plus pacifiques possibles. Lors des élections présidentielles de 2012, les candidats se sont rencontrés plusieurs fois à l'occasion du « peace council », conseil créé pour garantir la paix tout au long de la campagne et des élections.

Chute de Wli

Cette stabilité attire les investisseurs étrangers qui permettent au pays de connaître une période extrêmement favorable sur le plan économique. En 2011, le Ghana était le pays avec la plus forte croissance au monde (+17 % du PIB) et a désormais connu plusieurs années fastes qui le placent comme un exemple en Afrique. Les secteurs économiques majeurs sont le cacao et l'or, mais le découverte de pétrole sur les côtes en 2007 ont largement contribué à l'accélération de son développement.

Malgré toutes ces félicitations, certains spécialistes pointent un risque de « nigérianisation » du Ghana. Certaines difficultés énergétiques tendent à s'aggraver et les problèmes de corruption demeurent malheureusement fréquents.

Au Ghana, j'ai pu découvrir l'Harmattan ! Eh oui, c'est aussi une petite période climatique en Afrique de l'Ouest qui a lieu entre fin décembre et mi février. Il s'agit d'un vent violent, venu du désert au nord en direction du sud emportant avec lui la poussière du Sahara. Au cours de cette saison, le temps est constamment brumeux et l'atmosphère est chargée de poussière. Le reste du temps, la température est plutôt clémente et ensoleillée. La saison des pluies prend ses droits à partir de mai jusqu'à aout.

C'est un pays extrêmement religieux et a été élu il y a peu « pays le plus religieux du monde » Chrétiens, musulmans et animistes cohabitent pacifiquement. Les mouvements religieux issus du protestantisme (apostoliques, charismatiques...) connaissent un énorme succès et se développent extrêmement rapidement

 

La région dans laquelle je vis s'appelle la région « Ashanti », nom que porte la tribu traditionnelle dominante. La légende raconte que le roi ashanti, accompagné d'un sorcier, aurait planté 2 graines dans différentes parties du Ghana et souhaitait s'installer à l'endroit où la graine pousserait le mieux. Après quelques temps, il constata quelle graine avait le mieux germé et fonda la ville de Kumasi (« l'arbre qui a poussé » en twi) capitale de la région ashanti. Les ashantis sont une tribu très importante au Ghana, réputée pour ses guerriers et sa fierté. Ils ont notamment gagné de nombreuses batailles contre les colons anglais et néerlandais.

Ezile bay

Le roi ashanti actuel (Asantehene Osei Tutu II) qui a a son palais à Kumasi a toujours une importance primordiale dans la région et toute décision politique pour cette région doit être prise avec l'accord du roi.

Il possèderait une énorme quantité d'or qu'il n'aurait pas le droit de sortir du royaume.

La filiation royale est extrêmement particulière puisqu'il s'agit d'une filiation maternelle. C'est toujours un homme qui est roi, mais le pouvoir royal se transmet par les femmes. C'est donc la femme la plus proche du roi ( en général sa mère, sa sœur, ou dans le pire des cas, sa tante) qui est « Queen Mother » et qui transmet le pouvoir royal. La Queen Mother est quasiment plus respectée que le roi lui-même.

Baie d'Ezile

Malgré le pouvoir politique, le système de chefferie traditionnelle est encore extrêmement développé au Ghana. De nombreuses cérémonies ont lieu dans les villages, en particulier les samedis, jours des funérailles.

En région Ashanti, le traditionalisme est poussé à l'extrême, les funérailles sont particulièrement impressionnantes. Elles durent en général plusieurs jours et coûtent beaucoup aux familles qui attendent parfois plusieurs années avant d'enterrer leurs morts. Il est également de coutume de sculpter des cercueils aux formes particulières (voiture, coq...) représentant une spécificité du défunt. Les samedis, Kumasi revêtit ses vêtements rouges et noirs et célèbre ses morts.

La tradition ashanti a une vraie philosophie, avec des règles et des symboles qui lui sont propres.

http://www.syntafrica.com/gasymb.htm

Il existe également des tissus traditionnels appelés « kente »

Kenté

Les touristes apprécient également le littoral et les longues plages ghanéennes. Même si le courant et les vagues empêchent parfois de profiter d'une baignade méritée, quelques petits coins permettent de se reposer quelques jours dans un cadre idyllique. Je vous laisse la preuve en image !

 

En tout cas, si certains d'entre vous cherchent un petit coin éloigné pour passer quelques vacances, entre tradition et plage, vous pourrez trouver plus d'information sur www.ghana-mbi-a-kumasi.blogspot.com. Si vous souhaitez me rendre visite, dépêchez-vous !

 

A très bientôt, au hasard d'une rencontre !

 

Sylvain

 

Lake Bosumtwe

 




Un aperçu sous forme d'épilogue

20:07, 5/05/2013, Rwanda .. 0 commentaires .. Lien
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Mon ami Sylvain, qui est en poste au Ghana, m'a demandé d'écrire pour son blog (http://www.ghana-mbi-a-kumasi.blogspot.fr/ ) un petit article où je présenterai à ses lecteurs, le Rwanda. Donc voici : Le Rwanda tout le monde connaît, au moins de nom.

Art Imigongo

Un nom qui fait frémir, qui évoque des moments parmi les plus noirs de l'Histoire de l'humanité.   Après avoir vécu en République centrafricaine, notamment aux côtés de Sylvain, ma famille était ravie de savoir que j'allais aller ailleurs. En ayant fait miroiter un poste en Afghanistan rien ne pouvait être pire. Quand je leur ai annoncé que c'était le Rwanda, ils m'ont quand même regardé avec de grands yeux. Pour eux, le Rwanda, c'était pas vraiment mieux.

Lac Kivu

Alors pour situer un peu, ce petit pays grand comme la Bretagne et peuplé comme la région parisienne, a plusieurs particularités. Un peu en vrac les voici.

Le lait et le miel y coulent à flot. C'est le pays le plus dense d'Afrique avec plus de 350 habitants au km². Les sacs plastiques sont interdits et on peut se faire fouiller à la frontière ou à la douane juste pour ça.  Comme son voisin le Burundi, l'assemblée nationale est composée à 50% d'hommes et à 50% de femmes. Ils sont les champions du monde et ça c'est classe.  

Lac Kivu

Le Rwanda est aussi surnommé « Le pays des mille collines » et à juste titre ; Kigali la capitale pointe à 1500 mètres d'altitude.  Du nord au sud et de l'est à l'ouest, ce n'est que des monts et des vallées, partout, partout. En plein coeur de l'Afrique centrale, à quelques kilomètres de l'équateur, le paysage est vert toute l'année. La température est clémente mais il pleut quasiment un jour sur deux. Il s'agit le plus souvent d'averses qui ne durent pas mais le temps est toujours voilé et brumeux. Et c'est vraiment dommage car le pays est magnifique.  

Parc de l'Akagera

 

 

Ce pays est si beau qu'une légende rwandaise dit qu'après avoir créé le monde, Dieu l'a parcouru et a décidé de s'y reposer tous les soirs.  Comme l'indique le titre de ce très bon film sur le Rwanda, le génocide aurait eut lieu « le jour où Dieu est parti en voyage ».  

 

A propos de Génocide, en quelques mots il faut savoir qu'il a eut lieu entre le 6 avril et le 4 juillet 1994. En 100 jours, on compte environ 1 million de morts. Cela fait 10  000 morts par jour...  Pour réaliser, je vous invite à comparer avec la couverture médiatique qui est faite chaque jour à travers le monde...  

Rizières

Je ne vais pas trop insister... Enfin sur un point malgré tout, la place de la France. François Mitterand a déclaré à l'époque « un génocide dans ces pays là, ce n'est pas trop important ». La France est coupable de génocide car elle a soutenu jusqu'au bout le gouvernement rwandais dans les massacres qu'il a perpétré contre sa propre population. 

François Mitterand et des membres du gouvernement Balladur avaient des intérêts, oh pas forcément au Rwanda, mais plutôt dans la région nord-est de la République Démocratique du Congo. Cette région du nord Kivu qui est, aujourd'hui encore, pillée par les «grands» pays du monde. Le néo-colonialisme est une réalité.  

Lac Muhazi

 

Je change pour un sujet plus léger. Le Rwanda a une histoire et une culture anciennes. Une monarchie a existé pendant plus de 300 ans. Comme pour les monarchies européennes celle-ci a mené des combats et les frontières n'ont cessé d'évoluer. Les rois vivaient dans un palais, une cour les suivait également partout où ils allaient. 

 

La société rwandaise était constituée de sortes de castes. Il y avait les Hutu qui étaient les paysans et il y avait les Tutsi qui étaient les éleveurs (de vaches surtout, celles qui ont de grandes cornes en forme de lyre sont presque sacrées). Il y avait de la mobilité sociale (un peu). Des Hutu pouvaient devenir Tutsi, et inversement. Il suffisait d'être propriétaire d'un certain nombre de vaches.

Inka, vache en kinyarwanda

 

A l'arrivée du colon (belge cette fois), les blancs ont essayé de comprendre cette organisation, sans succès... Alors ils ont figé ces différences en les inscrivant sur les cartes d'identité. Les rwandais devenaient alors Hutu ou Tutsi de père en fils et de père en fille. Les belges, puis les français ont joué de cette opposition. Ce qui a entraîné ce que l'on sait aujourd'hui.  

Aujourd'hui le roi est toujours vivant, il s'est exilé en 1959 après quelques mois de règne. La succession royale va définitivement s'arrêter là car le roi ne compte rentrer au Rwanda si ce n'est pas pour récupérer son trône. Et le pouvoir en place ne programme pas du tout un changement de constitution.

Parc de l'Akagera

Le Rwanda est un pays magnifique et fascinant, à l'histoire aussi mouvementée que sa géographie. Il se remet peu à peu de ses blessures et Kigali, la capitale, à l'ambition de devenir un hub pour les services et le tourisme pour toute la région Afrique de l'est.  

Pour intégrer au mieux l'Afrique de l'Est, qui est composée de pays anglophones comme le Kenya, l'Ouganda et la Tanzanie. Le Rwanda qui était plutôt francophone, a décidé de changer en quelques mois la langue d'enseignement. Depuis 2008 les élèves ont leurs cours dans un anglais, souvent de mauvaise qualité. Et si les profs ne le maîtrisent vraiment pas ils font leurs cours en kinyarwanda, qui est la langue nationale, commune à tous les rwandais. 

Lac Kivu

Aujourd'hui la situation de la langue étrangère est critique. Le français est parlé par certaines élites qui veulent que celui-ci soit réhabilité. Les anglophones sont favorisés dans les administrations sans qu'ils soient ni les plus compétents, ni ''fluent''.  Beaucoup de parents faisant partie de la classe moyenne qui se développe, souhaitent que leurs enfants apprennent d'abord le français, car jugé plus compliqué que l'anglais. Et que dans un second temps l'anglais soit étudié. Les écoles privées et les cours particuliers donnant une place importante au français sont très prisées.

Centre ville de Kigali

Moi je ne fais pas dans l'enseignement comme Sylvain, je « range des livres » comme il dit. J'ai travaillé un an et demi comme responsable de la Médiathèque de l'Institut français à Kigali et suis rentré il y a quelques semaines en France. Alors cet article écrit pour le blog de Sylvain (Ghana mbi à Kumasi http://www.ghana-mbi-a-kumasi.blogspot.fr/), vient aussi clore d'une certaine manière le mien.  

Gus




Le début de la fin

12:10, 12/04/2013, Kigali .. 0 commentaires .. Lien
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Jour pour jour, dans 4 mois je quitterai le Rwanda pour voguer vers de nouveaux horizons. En attendant il faut tirer un petit bilan de cette mission après 16 mois et sur tous les plans c'est un succès !! Autant d'un point de vue personnel que professionnel. Le Rwanda est un endroit manifique où la culture et les rencontres sont très riches. Je vous invite à aller y faire un tour, vous serez bien accueillis.

Et n'hésitez pas à passer par la bibliothèque sur la colline de Kacyiru, près de l'Ambassade des Etats-Unis, vous serez surpris. Au premier étage mon collègue Olivier vous présentera l'American Corner et je vous présenterai l'Espace francophone.




Un jour où l'autre

22:14, 16/03/2013, Kigali .. 0 commentaires .. Lien
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Depuis que je suis expatrié et que je travaille plus ou moins directement pour l'Ambassade de France, certaines dates ont pris de l'importance. Le 8 mars par exemple, le monde entier célèbre la journée des droits de la femme. Cela ne signifiait pas grand chose pour moi et le 20 mars, journée internationale de la francophonie, pas plus. Nous n'avions pas à l'école de célébrations pour ces journées, je me souviens d'avoir participé à un concours sur la résistance mais pas à des célébrations aussi internationales.

Je trouve cela dommage de ne pas permettre aux enfants français d'être sensibilisés à ces questions là. La question sur les droits de la femme et sur l'égalité des genre, s'ils ne sont pas traités en France vont laisser la population dans une sorte de joie béate d'appartenir à une société où l'égalité règne. Ce qui n'est définitivement pas le cas, la différence de salaire, les différences de traitement au quotidien (je pense au machisme, ou au harcèlement), le manquement cruel d'égalité dans la représentation politique. 20 % de députées et de sénatrices ! Au Rwanda la parité au parlement est un fait. 50 % d'hommes, 50 % de femmes. Cela nous montre bien que la volonté politique peut avoir un poids, d'autant plus que la partie n'est pas encore gagnée, cette représentation politique équitable est un pas en avant, mais pas encore le bout du chemin, loin de là.

Bref, une « journée de la femme » célébrée réellement en France aurait le mérite de poser les bonnes questions et de mettre en avant le chemin qu'il reste à faire.

 

Pour ce qui concerne la francophonie, je trouve qu'il peut être sympa de montrer aux enfants que la langue qu'ils utilisent tous les jours n'est pas propre à la France, qu'elle ne leur appartient pas même s'ils la maîtrisent.

Les français ne sont pas les plus nombreux à parler la langue française, loin de là d'ailleurs. Du fait de notre passé colonial, l'Afrique regroupe la majorité des francophones. Et sans rentrer dans la politique je pense qu'il y a de belles choses à promouvoir en participant à ces événements de promotion de la francophonie. Il m'est arrivé en Centrafrique et au Rwanda d'entendre certains français de mes collègues, se plaindre du niveau de langue des centrafricains ou des rwandais. Mais il faut bien comprendre que ce sont ces expressions qui enrichissent le français. Le premier exemple qui me vient à l'esprit est le néologisme des « sapeurs » de Brazza. Il s'agit autant d'une manière de vivre, que de s'exprimer. Les « sapeurs » sont ceux qui accordent de l'importance à la sape, les vêtements. Un article sur Rue89 : http://blogs.rue89.com/les-plans-culture-de-la-redac/2013/01/21/les-sapeurs-de-brazzaville-soyez-elegants-au-lieu-de-faire-la-guerre-229452

Le deuxième exemple qui me vient, et qui montre l'appropriation de la langue de Molière, est cette façon de parler le français emprunt d'un fort respect. En France notre français a évolué d'une certaine manière et dans les pays d'Afrique francophone, le français a lui aussi évolué en gardant de nombreuses expressions et mots qui peuvent nous sembler aujourd'hui désuets. C'est le charme du français, une langue riche et complexe, qui ne se maîtrise véritablement qu'au contact de ceux qui la parle.

 

Défendre le français dans le monde c'est aussi défendre un anticonformisme. L'anglais est beau, facile, fluide et chantant. Il est temps qu''il soit véritablement parlé par les français. Il est d'ailleurs temps que la France s'ouvre sur le monde et sur les autres. L'exception française n'existe pas et nous souffrons d'une réputation exécrable à l'étranger, la faute à notre manière de nous désintéresser de ce qui nous entoure.




un million

16:07, 10/03/2013, Kigali .. 0 commentaires .. Lien
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« Un mort est une tragédie, un million de morts une simple statistique » Wole Soyinka

 

J'ai lu cette citation dans le livre d'Abdourahman A. Waberi « Moisson de crânes », il utilise cette citation de Wole Soyinka, auteur nigérian et prix Nobel de Littérature en 1986. Je ne sais que penser de cette citation, un million, un million, un million... un million ça sonne et ça résonne dans la tête, ça reste sur la langue, quelque soit le sujet dont on parle.

 

Je me souviens d'un professeur d'histoire qui nous parlait des nombres utilisés dans la Bible et l'interprétation que l'on en fait aujourd'hui. Dans l'Apocalypse, les sauvés qui auront accès au paradis seront au nombre de 144 000, soit les 12 000 enfants descendants des 12 tribus d'Israël.

Les estimations du nombre d'humains ayant peuplés la Terre s'élèvent à environ 100 milliards. Autant dire qu'on (je m'inclus dedans) peu de sauvés... En dehors de cette remarque constructive, le professeur nous faisait remarquer que le chiffre de 144 000 était plutôt symbolique, il indiquait la « multitude ». Je suis plutôt de son avis, d'autant plus que les symboles, les images et les paraboles sont courantes dans les textes sacrés. J'en profite pour faire un petit big-up à tous ces intégristes, quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent parce qu'il faut vraiment être con pour prendre tout ce qui est dit dans la Bible au pied de la lettre. Je prends juste un exemple très simple que l'on peut lire dans le Lévitique, chapitre 19, verset 19

 

« Tu n'accoupleras point des bestiaux de deux espèces différentes; tu n'ensemenceras point ton champ de deux espèces de semences; et tu ne porteras pas un vêtement tissé de deux espèces de fils ».

 

Alors je ne sais pas vous pour les animaux qui s'accouplent mais pour ce qui est du champ et ce qui concerne les vêtements, y a un paquet d'entre nous qui ne verrons pas le Paradis, moi y compris, je viens de sortir des 144 000...

 

Pour revenir à cette phrase de Soyinka, cela m'a touché, choqué aussi. Ici au Rwanda, on ne voit pas ce million de morts, mais il se sent, il se perçoit. Le Génocide et les guerres qui se sont suivies dans la région pèsent très lourd dans les cœurs des gens que l'on côtoie. C'est dur de dire qu'il s'agit d'une simple statistique quand les familles et les proches de mes amis contribuent à faire de ce million, cette multitude, une réalité. J'ai réalisé peu à peu, en côtoyant cette réalité, mais finalement je suis très loin d'avoir la moindre idée de ce qu'est la réalité.

Rien qu'à voir que depuis deux ans en Syrie, des dizaines de personnes continuent de mourir chaque jour sous les bombes gouvernementales, dans les combats qui opposent rebelles et loyalistes.

Chaque jour les chiffres tombent, ils rythment chaque matin nos petits déjeuners en écoutant la radio, en lisant les journaux ou en regardant la télé. De temps en temps le dynamisme prend du recul en rappelant le total des morts depuis le début des revendications, nous en sommes à plus de 70 000... toujours difficile de réaliser. De comprendre pourquoi ils habitent encore les villes qui sont bombardées, de réaliser comment ils (sur)vivent, comment ils travaillent, comment ils font pour garder l'espoir.

Je me dis que justement il n'y a pas d'espoir, lorsque l'on vit dans ces conditions, on attend le moment où l'on va mourir. L'échappatoire n'existe pas. La maison familiale, cet espace de liberté et de protection illusoire est le seul réconfort. Mieux vaut mourir chez soi, que sur les routes. Mieux vaut mourir avec les siens que loin de ceux que l'on aime. Mieux vaut parfois mourir soi-même, que de voir ses proches tomber et nous laisser seul.

 

Dans un mois, le Rwanda commémorera de nouveau ses morts, cette période sera lourde et pesante encore une fois. La gestion de la mémoire au Rwanda est une affaire complexe. Dans un an, le Rwanda commémorera les 20 ans du Génocide, la réconciliation nationale est toujours en cours et les ressentiments toujours présents.

 

Je terminerai par une autre citation, celle-ci d'Albert Camus dans La Chute : « Les hommes sont pauvres en intention. Ils croient toujours qu'on se suicide pour une raison. Mais on peut très bien se suicider pour deux raisons ».




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