Gus le Centrafricain | |
Des airs d'Afrique
21:18, 25/07/2010, Afrique
.. Lien
Mots clefs :
la musique est pour moi quelque chose d'essentiel, j'en écoute dès que je peux, ça a toujours été comme ça. Forcément ici, je ne déroge pas à mes habitudes. Comme beaucoup,j'écoute des albums ou des morceaux en fonction de mes hum Du coup, depuis 10 mois que j'ai emménagé ici à Bangui, j'ai forcément emmagasiné quelques souvenirs sonores. Pour épurer l'écoute de 10 mois de musiques diverses et variées je vous propose une petite liste des artistes que j'ai découvert ici. Alors les puristes seront bien déçus parce que malheureusement je suis assez insensible à la musique centrafricaine, question de goût ou de qualité je ne sais pas mais je suis un peu frustré de ce côté là. Enfin quoi qu'il en soit ce que je vous propose c'est simplement ce que les hasards de mes rencontres m'ont permis d'écouter et c'est plutôt teinté de sonorités africaines.
-M- : Mister Mystère. Son album est sorti quelques jours avant mon départ. Je me suis rué dessus et je ne l'ai écouté qu'une fois à Bangui. Du coup il restera pour toujours LE son qui symbolisera toujours mon arrivée et ma découverte de l'Afrique. La chanson Amssétou me parle forcément.
-Magic System : il y a quelques années, ces garçons ont sorti leur album « 1er gaou » qui a connu un succès énorme en Afrique francophone mais aussi en France. Quand il est sorti ça ne m'a trop rien dit et puis bon, c'est passé. Et je les ai donc retrouvé à Bangui avec des tubes plutôt sympas et qui surtout sortent du lot de la musique congolaise que l'on entend constamment ici. Du coup, j'écoute avec un immense plaisir la chanson « Abou -sagacité » qui est un sacré tube ici. C'est comme la chanson d'Amadou et Mariam « Beaux dimanches », l'ambiance chaude de la vie urbaine centrale-africaine s'y retrouve
-Boubacar Traoré, Ali Farka Touré et son fils Vieux Farka Touré : c'est un ami qui m'a parlé de ces trois gars, du coup ces trois maliens sont pour moi inséparables alors que leur musique n'est pas forcément en rapport. On peut quand même souligner que ce sont trois fantastiques guitaristes et que les soli de leurs morceaux sont assez extraordinaires quand ils se fondent à la musique rock à influence ethno-traditionnelle.
-Césaria Evora – Nha Sentimento : je connaissais le nom, j'avais déjà entendu sa chanson « Sodade » et pourtant j'ai vraiment découvert son dernier album. Cette Cap-Verdienne qui a une carrière immense possède une mélodie et une voix incomparable.
-Daby Touré et son album « Stereo Spirit » : ça c'est mon gros gros coup de cœur. Je ne me lasse pas de l'écouter et j'ai hâte d'être en France pour acheter son premier album et le groupe Touré-Touré dont il est issu. Ce mauritanien a pour moi un sens musical extraordinaire, il me touche beaucoup car il intègre sa culture musicale à des instruments plus classiques et ça fait une sonorité formidable qui tourne en boucle autour de mes oreilles. Le clin d'oeil : son premier album est sorti sous le label Realworld, il a notamment fait plusieurs premières parties de Peter Gabriel lors de sa tournée de 2004, notamment celle de Bercy. Malgré les concerts auxquels j'ai assisté à Lyon et à Aix-les-bains et bien il n'y était pas, ce n 'était que partie remise.
-Fool's Gold et leur chanson « Surprise Hôtel » : d'après ce que j'ai compris il s'agit d'un groupe californien qui se fait plaisir en découvrant différents instruments du monde entier. J'en sais très peu sur eux mais ce que je sais c'est que leur chanson est un petit plaisir qui me fait me déhancher systématique grâce à leur gimmick singulier.
-Idylle Mamba : un ami m'a proposé son cd deux titres. Cette artiste centrafricaine a du talent et une jolie voix. Je ne sais pas si son travail est trouvable en France mais je pense que c'est un des plus grands talent musical de la Centrafrique.
-J'ai découvert Keziah Jones l'année dernière en concert gratuit lors de la fête de la musique à Lyon, au bord de la Saône. C'était un excellent moment et du coup son album « Nigerian Wood » m'a accompagné jusque là et notamment sa chanson « 1973 Jokers Reparations ». Il est déjà extrêmement connu mais ça n'empêche pas que ce soit bon et sur scène il est terrible.
-P-Square et leurs tubes « Danger » et « Do me ». Les frères jumeaux nigérians ont un accent à couper au couteau mais leur tube est un régal et notamment leur clip qui est complètement décalé et qui fait plaisir à voir. La pêche pour toute la journée.
Parmi tous ceux sur lesquels je n'épilogue pas il y a Nass Marrakech, Oumou Sangaré, Zaho et Zao ou encore Toumani Diabaté,...
C'est un peu comme pour le cinéma, j'ai pris le temps de re-regarder quelques films américains traitant d'évènements africains et je les ai découverts sous un jour nouveaux. C'est le cas de Blood Diamond notamment, je ne vais pas tarder à revoir « Le dernier roi d'Ecosse » et « Les larmes du soleil ». Ces films m'avaient laissés un bon souvenir et je pense que maintenant que je suis plus sensible aux histoires politiques africaines, ils prendront un sens tout autre. J'ai été bouleversé par deux films qui traitent du même sujet. « Hotel Rwanda » et « Shouting Dogs » offrent une vue intérieure au génocide du Rwanda et j'ai eu un véritable choc car la ville de Kigali (capitale du Rwanda) en 1994 ressemble au quotidien de Bangui 2010 et c'est assez déroutant. Mon quotidien ici me confronte à la réalité de la (omni)présence militaire et aujourd'hui je sais reconnaître les gardes et ce à quoi correspondent la couleur des bérets, ça à l'air anodin mais je vous assure que ça a un côté terrible.
Les Nganga : sorciers d'Afrique centrale
21:43, 18/07/2010, Bangui
.. Lien
Mots clefs :
Dans le cadre des mes travaux sur la commémoration du cinquantenaire de l’indépendance de la République centrafricaine, je me suis penché sur un mémoire de recherches en Histoire, soutenu en décembre 1986 à l’Université de Bangui. Comme son titre l’indique « L’Oubangui-Chari et la deuxième guerre mondiale 1939-1945 », le sujet parle en partie de ceux que l’on appelle aujourd’hui les anciens combattants, les Tirailleurs de l’Oubangui-Chari. Dans la troisième partie de son étude, l’auteur consacre une partie au bilan des pertes humaines. En voici un petit extrait, je le livre en partie remanié car le style était vraiment trop lourd, par pure moquerie j’ai gardé les passages très maladroits. Mis à part la forme, derrière les paroles de l’apprenti historien, on trouve une des réalité quotidienne de la Centrafrique.
« Si l’Oubangui-Chari avait perdu seulement 871 tirailleurs pendant la deuxième guerre, cela démontre réellement la valeur, le courage, la bravoure et la technique adoptée par ses éléments. Or en défendant les intérêts de la France, ces gens avaient pensé d’abord à sauvegarder leur peau. Pour nous, ce chiffre parait étonnant. Mais pour ceux qui avaient combattu sur les terrains, cela ne les avait pas étonné. D’après certains anciens combattants, la plupart des Oubanguiens et certains ressortissants congolais, tchadiens, gabonais et camerounais qui étaient revenus saints (sic.) et saufs dans le pays avaient des pouvoirs dont le plus connu était le « MOBAYA » ou « KIFI ». Doués de cette force surnaturelle, les combattants évitaient aisément les dangers et les embuscades.
Pour les possesseurs du « Mobaya », l’essentiel était de tuer. Mais lorsque le combat devenait coriace, dur et acharné, ils se métamorphosaient en oiseau, en termitière ou en arbre pour se protéger. Ils apparaissaient dans le camp après deux ou trois semaines pour dire à leurs supérieurs qu’ils ont été faits prisonniers et qu’ils s’étaient évadés du camp ennemi. Ils étaient également habiles dans l’art de déplacer une blessure d’une place mortelle à une simple partie du corps. Il existe plusieurs sortes de ce fétiche : -Le « Mobaya simple » qui consiste à réduire ou à faire déplacer une blessure grave d’une place mortelle en tapant sur la plaie. Celui-ci est le plus utilisé encore aujourd’hui par certaines personnes. Cette pratique ne dépend d’aucun interdit. -Le second qui est un peu compliqué, consiste à enlever toutes les entrailles que l’on place dans un canari (pot en terre cuite) bien travaillé dans lequel on a mis des fétiches (feuilles, écorces,…) qui permettent de renforcer les entrailles. Ce canari est alors placé sous la surveillance de la femme légitime, la confidentielle (note de Gus : en fait c’est la confidente qu’il veut dire). Cette pratique était utilisée par les Anciens car elle nécessitait beaucoup d’interdits (note de Gus : car il faut respecter scrupuleusement les règles de la magie). La bonne marche de cette pratique dépend du bon caractère de la femme à qui on a confié cette mission de surveillance. En cas de négligence, le possesseur de cette pratique mourrait sur le champ.
Une discussion entre deux anciens combattants nous a bien confirmé l’existence de ce fameux « Mobaya » ou « Kifi ». Un soldat traitant l’autre de lâche car étant possesseur du pouvoir, ce dernier n’avait pas combattu activement sur les fronts comme ses camarades, il avait préféré se camoufler pour éviter le combat lorsque cela était devenu critique. D’une manière générale, c’était ce « Mobaya » qui avait fait la force et la valeur des Noirs pendant cette guerre ».
Voilà pour la petite histoire, ce n’est pas surprenant que l’auteur ne mette jamais en cause la pratique de la magie car en République centrafricaine cela est reconnu aux plus hauts niveaux de l’Etat. De nombreuses associations défendant les droits de l’Homme se sont élevés récemment contre le maintient du crime de sorcellerie dans le nouveau code pénal centrafricain. Le crime de sorcellerie punit ceux qui utilisent leurs pouvoirs pour faire du mal. C’est ainsi que de nombreuses personnes sont arrêtées et jugées, parfois tout cela ne passe pas entre les mains de la justice d’Etat mais c’est effectué par la population. Les lynchages et les tortures sont monnaies courantes. Bizarrement ce sont toujours les plus vulnérables qui sont condamnés, jeunes filles ou vieilles femmes. Certaines querelles de voisinage se règlent de cette manière et les accusées se voient au mieux exclues. La magie est souvent le meilleur moyen d’expliquer ce que l’on ne peut accepter.
J’ai deux combles du comble à vous proposer : -Certains médecins officiant dans les hôpitaux de Bangui ne prennent pas la peine d’aller voir eux-mêmes un médecin quand ils sont malades, ils se réfèrent au « Nganga » (un équivalent du marabout). -Une affaire de sorcellerie a été amenée devant un tribunal. Une femme était accusée par ses enfants d’avoir tué son mari dans son sommeil à l’aide de ses pouvoirs. L’argument de l’accusation : LE MARI ETAIT BIEN PORTANT EN ALLANT SE COUCHER. L’argument de la défense : LE MARI AVAIT PLUS DE 80 ANS !!!
Rien que la poussière qui poudroie...
15:38, 12/07/2010, Bangui
.. Lien
Mots clefs :
Aujourd'hui c'est la finale de la coupe du monde de Football. Je suis partagé entre une passion née en 1998 alors que j'étais tout petiot et un rendez-vous à prendre une fois tous les quatre ans. Après être passé complètement au travers de la compétition (j'ai regardé trois matchs (même pas en entier en plus)) je me suis dit dans le week-end que ce serait quand même un bon moment à passer en compagnie d'autre chose qu'un bouquin ou de mon ordi. Du coup je me suis motivé à sortir à 19h10, soit 20 minutes avant le début du match. Le tonnerre gronde et les éclairs éblouissent le ciel, je m'habille mais la question fondamentale demeure... est ce que je prends la moto ? Le verdict tombe... non... ce soir je me rends à pied à ma destination (une fois n'est pas coutume). Je descends donc mes escaliers et pénètre la rue. Oui je pénètre car à cette heure là il y a délestage (coupure d’électricité) et nous ne sommes que deux à agir sur le bitume : l'orage et moi... Il est plus de 19h et il n'y a personne dans la rue Mobutu, pas un bruit à part la rage du tonnerre, même les habituels vendeurs de Kangoya (vin de palme) et d’alcool de Maïs/Manioc en bas de l'immeuble ne sont pas là, ils doivent se protéger du mauvais temps qui s'annonce. Qu'à cela ne tienne, je continue mon chemin. Je descends donc la rue et arrive au niveau de PK 0. Le rond point est habité depuis un mois par les spectateurs, chaque jour de match il y a eu un concert suivi de la diffusion de la partie. Ce fut une belle idée de retransmettre sur grand écran les matchs de la coupe du monde, mais je dois confesser que l'ambiance n'a rien de folichonne. J'y ai vu quelques bouts de matchs, notamment le quart de finale du Ghana contre l'Uruguay. Et bien, j'étais presque le seul à croire aux chances du Ghana (et pourtant, c'est vraiment parce que j'étais sur le sol africain et que je cherchais une raison de soutenir une équipe), le public centrafricain est bien défaitiste ; presque tout le monde supportait la dernière équipe africaine en lice et pourtant en regardant la séance des tirs aux buts je n'ai ressenti aucun frisson. C'est comme ça, du coup en descendant la rue, je décide de ne pas rester à PK 0, je continue sur l'avenue Boganda et m'arrête au Satis. Ce bar-lounge fait partie des ambiances de Bangui les plus agréables pour moi. Il ne casse aucune brique, ni aucune patte à aucun canard mais je m'y sens bien. C'est donc là que je vais vivre le moment historique de l'Espagne.
Le match n'était qu'un prétexte, je n'aime pas spécialement le foot mais ce que j'aime c'est vibrer pour du beau jeu et des buts. Le football n'offre plus ça depuis des années et je regrette l'absence de diffusion du rugby et du handball à la télé. Enfin ce soir c'est football et depuis le départ de mon acolyte Sylvain, c'est seul que je vais le vivre. Tant pis, j'assume, c'est très agréable aussi de faire les choses seul et juste pour soi. Alors ce soir c'est donc en toute discrétion que je m'installe au comptoir du Satis, là où je vais passer le temps. Au menu, match de football, bières (33’ export), frites et brochettes de bœuf. Au bout du compte le plus décevant fut le match, je me promets alors de renouveler cette expérience tout à fait particulière de passer une soirée tout seul au milieu de gens, tous seuls également. La soirée fut bonne avec la complicité certaine de Florine, la serveuse, les moqueries des voisins complètement chauvins pour des pays qui ne sont pas les leurs et qui n'hésitent jamais à ouvrir leur grande bouche pour placer le mot de trop, les commentaires de ceux qui souhaitent à tout prix avoir un avis sur tout... Mais ça fait aussi partie du charme de la soirée dans un bar. Il y a quand même eu un moment douloureux. Autant je rend grâce chaque jour à la patience des personnes que je côtoie autant il y a toujours des lésés. Je m'explique : comme depuis septembre dernier (date de mon arrivée à Bangui) il y a des imprévus qu'il faut savoir anticiper. Ce soir il y avait donc l'orage, prévoyant je laisse la moto de côté et décide de délaisser le bar de quartier pour le bar qui aura une groupe électrogène en cas de coupures intempestives. C'est ce qu'il est arrivé et ce à plusieurs reprises, imaginer un moment en France, où que vous soyez, une coupure de courant qui vous prive de quelques précieuses dizaines de minutes d'un match... C'est bon... Vous y êtes ? C’est l’hallali, tout le monde cris et jure de ne plus jamais remettre les pieds dans l’établissement. Et bien ici les coupures sont très fréquentes et du coup tout le monde reste calme au comptoir, c’est drôle de rester 5 minutes dans le noir complet, pas un seul mot dans le bar, on entend les serveuses aller et venir mais c’est tout. Le groupe électrogène se remet en marche et on reprend presque là où on s’était arrêté. Par contre à PK 0 il n’y a pas de groupe électrogène pour voir le match sur grand écrans qui, malgré avoir résisté à la pluie, ont dû se replier à cause de la coupure de courant (au moins 30 minutes en plein milieu du match). Une des principales inégalités se trouve là... entre ceux qui ont un groupe électrogène et ceux qui n'en ont pas, à cela s'ajoute une catégorie de gens qui cherchent la lumière produit grâce au pétrole, à l'image des papillons voletant inlassablement vers l'ampoule (à mon tour d'être un papillon de nuit). Au final, cette soirée restera en moi pour le plaisir que j'ai ressenti de la passer en ma (presque) seule compagnie. C'est tout à fait égoïste et alors... Merci quand même aux footballeurs pour le prétexte fourni d'aller boire une bonne bière seul dans un bar sans complexe !!
PS : finalement l'ambiance centrafricaine n'aura jamais agrémenté cette coupe du monde. Je retiens seulement les provocateurs, supporteurs des mexicains et uruguayens qui se sont manifestés à l’arrivée des blancs que nous étions !! Sans juger, je constate simplement de la sympathie que renvoie la France ces derniers temps, pas seulement d'un point de vue footballistique... Neuf mois de gestation à enfiler des costumes.
01:25, 28/06/2010, République Centrafricaine
.. Lien
Mots clefs :
A l'aune des deux mois d'été c'est le moment de faire un petit bilan. Enfin un bilan est un bien grand mot, un mot qui finalement ne convient pas d'ailleurs. je ne vais pas dire bilan, mais plutôt constat. Constat car cela fait un peu plus de neuf mois que je suis ici. Neuf mois c'est le temps qu'il y a entre le moment de la procréation et de la création, tout un symbole Pour les étudiants, c'est aussi le temps d'une année scolaire. Quant à moi, pour la première fois de puis le début de toute ma vie, j'ai changé de rythme de vie. Les grandes vacances d'été, sont terminées , fini les deux mois d'oisiveté bienfaitrice. Mon costume d'écolier, mon cartable, mes bouquins et mes cahiers sont définitivement derrières moi. Fini le temps du bus, de la musique dans les écouteurs, fini le temps des rangées, fini le temps des tables et des chaises qui grincent lors que qu'on s'installe de bon matin. Révolu l'époque où les profs nous disaient quoi faire, nous disaient quoi penser sur tel ou tel sujet. Ce bon vieux temps est terminé maintenant je pense exactement tout ce que je veux et quand je veux. Je suis plus libre que je ne l'ai jamais été. Maintenant c'est le bon temps du salarié, je fais ce que le patron dit et ce que je pense je le mets après tout le reste, si je ne suis pas d'accord et bien tant pis, je le fais quand même. Ah ce que ça fait du bien de grandir. Ces neuf mois m'ont ouvert de nouvelles perspectives, bien loin de mon poste d'écolier derrière sont bureau trop petit à écouter un prof placé sur une estrade. Aujourd'hui je suis travailleur salarié, un début de rêve. Un rôle à jouer jusqu'à la fin de mes jours, un rôle ? J'ai définitivement passé un cap, la réalité est la pire de toutes : juillet et août vont ressembler à octobre et novembre, ou encore à mars et avril... Ça n'a l'air de rien comme ça mais c'est assez bizarre. Au cours de l'année qui vient de s'écouler je serai encore en short et tee-shirt, comme ces neuf derniers mois en fait. Je vais transpirer comme un dingue et comme depuis mon arrivée, je vais travailler à plein-temps dans un bureau non climatisé. Ce dernier truc est loin d'être le pire car juillet et août seront les mois les plus agréables pour moi au niveau des températures. Par exemple aujourd'hui il n'a fait que 30° !! Une petite pluie est venue rafraîchir le tout en début d'après-midi, c'est tellement agréable !! Hier au soir j'ai eu froid. Il faisait 19 heures environ et il devait être 25° à peu prêt. Et bien après cette gestation de neuf mois dans ce cocon bien chaud de la vallée forestière tropicale... hier soir j'avais froid. J'aurai bien pris un autre vêtement, ah zut je ne sais plus comment ça s'appelle ! Ah les mots se perdent quand on ne les utilisent plus, si quelqu'un peut m'écrire dans les commentaires le nom de ce tissu en laine que l'on met quand on à froid. Je sais que dans le temps j'en mettais, mais là... impossible d'en voir en ville. Pfff, je perds tous mes mots, ça m'énerve... si j'habitais en France en plein mois de juin je connaitrai tous ça... Bon ils ont sans doute été remplacé par d'autres mots beaucoup plus utiles ici ; tiens au hasard je vous en cite plusieurs Manioc, Carambole et Latérite. Tout ça m'étais inconnu avant. Maintenant ça veut dire quelque chose !! A propos de latérite, instant de vie : avec juillet et août vient la pluie, du coup avec la latérite ça fait de la boue dans les rues. Les charmantes avenues de Bangui n'étant pas goudronnées, la latérite se répand dès que cette eau bénite tombe du ciel. Du coup, soit on se déplace à pied et on a les guiboles toutes sales, soit on y va en moto (et oui, la vieille mobylette a laissé place à une magnifique pétrolette neuve avec un moteur de 125cm3.), ça y est je suis un biker !! Je vais me laisser pousser la barbe, y faire des petites tresses, je me re-laisserai pousser les cheveux et j'y ferai un catogan, je vais acheter des lacets de cuir que je vais fixer au guidon, je vais également faire sur-mesure deux belles sacoches que je mettrai de part et d'autre de ma selle !! Neuf mois pour arriver à une consécration physique. Le bikeur de Bangui, je vois déjà la tête de mort sur mon casque et les clous qui ressortiront !! « My name is Gus, mais pour faire plus court vous pouvez m'appeler le Killer !! ». Ah neuf mois ça vous change un homme !! Et puis du coup la boue partout sur les shoes et sur les fringues ne feront que renforcer mon côté loubard. Ça me plaît !!! Malheureusement ce costume là je ne le garde pas longtemps, juste le temps d'un trajet de quelques kilomètres. Du coup a peine arrivé au boulot, je laisse tout ça derrière moi et j'enfile un petit pantalon en toile, une belle ceinture à la boucle brillante, une chemise parfaitement repassée, les boutons sont tous bouclés jusqu'au cou, les chaussures elles sont également nickel. Un peu raide je m'avance dans ce grand bâtiment avec ma mallette pendante au bout du bras ballant. Sur le carrelage mes talons font « clac-clac », je marche vite (quand on travaille il faut toujours avoir l'air pressé, on à l'air plus compétent), j'ai aussi mon portable vissé à l'oreille. J'appelle mes rendez-vous de la journée pour confirmer, et oui !! je travaille, je suis important et donc j'ai plein de gens qui veulent me voir MOI, juste MOI, car MOI, JE suis le plus compétent dans mon domaine, tout doit passer par MOI. Je salue les deux militaires à l'entrée (il faut toujours être gentil avec le petit personnel) : important mais accessible. Je monte les escaliers d'un pas énergique, les marches sont avalées deux à deux, et si mon pantalon trop serré ne m'empêchait pas de faire des mouvements larges je les franchirais quatre à quatre. Et oui, quand on est important comme moi il ne faut pas perdre de temps. J'arrive à mon étage, je ne jette pas un regard aux visiteurs qui attendent leurs rendez-vous (pas avec moi), ils ne m'intéressent pas, je pénètre le couloir et vu que je suis important mon bureau est le premier. Hé hé hé !! Je pousse la porte, jette mon attaché-case (ça fait bien mieux que mallette quand même) sur le bureau, prends le journal, prends un petit café, allume l'ordinateur et... merde... on a pas d'électricité... Bon... Et bien je vais attendre... comme tout le monde... Une fois la journée terminée, je rentre chez moi et enfile encore d'autres vêtements. Je suis plus à l'aise dedans mais j'ai toujours l'air d'un guignol. Des baskets, un short, un tee-shirt ridicule (le même que n'importe qui utilise pour faire le ménage, du bricolage ou que l'on porte lorsque l'on va déménager les meubles des amis). Et ici j'en ai quelques uns, ils sont tellement ridicules que je ne peux même pas les décrire, ils me porteraient du tort. Bon résumons... j'ai tout l'attirail pour être à l'aise, du coup j'enfile mon sac à dos de montagnard, j'y insère une bouteille d'eau, une raquette et quelques balles. Me voilà équipé pour aller au squash. Je descends les escaliers et retrouve un collègue tout aussi à l'aise que moi. On file à la salle de sport et hop nous voilà parti pour suer pendant deux heures au rythme des balles qui cognent contre le mur, des cris de rage ou de dépit, des battements de cœur et des halètements. On sort exténué et les vêtement ne ressemblent plus du tout à ce qu'ils étaient. Ils s'agit d'éponges, de véritables, capables de stocker des litres et des litres de liquide !!! Quand il fait 40°, lorsqu'on sort de la salle de squash pas climatisée et pas ventilée (inadmissible franchement) on dirait que l'on sort de la piscine tout habillée !!! un vrai concept a étudier. On rentre, on prend une vrai douche et là nu comme un ver... … je choisis tranquillement quelques vêtements. « Quel est le programme de ce soir ? Ah ok ! ». J'enfile tout d'abord un boxer, un jean tout a fait seyant (un peu déchiré) style punk sur le retour, un chemise manche longue qui cette fois n'est pas boutonnée jusqu'au bout, elle a l'aspect légèrement satinée, ça en jète grave. Les chaussures sont du même acabit, sexy, classe mais néanmoins confortable. Je ne porte pas que ça, ce soir il faut tout donner, retour dans la salle de bain. Cerise sur le gâteau ? Un petit jet de parfum bien senti. Le moyen de locomotion ? Bien sur... le taxi. Sur le bord de la route, la main droite légèrement au dessus des épaules, les lèvres pincées, je hèle un yellow cab et me voilà en route... Au tout petit matin je regagne mon lit, entièrement déshabillé, je saute dans mes draps. Tel que je suis, je m'endors et je rêve. Plus rien ne déguise mon apparence, je suis moi, simplement moi, je ne trompe personne, de toute façon je suis seul dans mon grand lit. Et c'est mieux ainsi. Neuf mois de vie agréable qui vont se poursuivre encore quelques temps encore. Je suis bien où je suis et je reviendrai quand j'aurai trouvé le costume adéquat, c'est pour ça que je suis parti et c'est comme ça que je reviendrai. J'embrasse la future petite couturière.
Au dela de l'anecdote...
09:23, 19/06/2010, Bangui
.. Lien
Mots clefs :
Poste avancé de Kolongo
Un élément du Sergent-chef Towa perd son kalachnikov dans l’Oubangui
Un poste avancé du service amphibie est ouvert longtemps au bord de l’Oubangui, auquel est jumelé le service des Eaux et Forêt, pour contrôler les flux et mouvements des biens et des personnes sur ce fleuve au niveau de Kolongo.
Quoi de plus normal ! Quand on sait qu’à ce jour, beaucoup de choses peu orthodoxes se déroulent sur l’Oubangui, de jour comme de nuit. Cependant, l’expérience a démontré que les éléments affectés là, n’y vont pas toujours avec la conscience professionnelle mais y mettent beaucoup d’eux-mêmes, histoire de s’en mettre plein les poches, comme d’habitude partout où on les place, au nom de la République. Et donc, dans la nuit du lundi à mardi 15 juin, il s’est passé quelque chose sur la rivière, qui a failli tourner au drame. Des vendeurs détaillants de bois blanc sous forme de planches revenaient de l’autre côté de la rive avec une grande pirogue pleine de bois blanc. Ces revendeurs voulaient certainement remonter la rive pour éviter le contrôle qu’ils estiment intempestif, mais ils étaient déjà dans le collimateur des éléments des forces de l’ordre. Il est 20 heures, quand le Sergent-chef Towa, instruit son élément pour aller contraindre les fugitifs de ramer vers le poste. Mais le soldat était éméché et ronflait bruyamment. Réveillé brusquement, il se lève mais se retrouve par terre, parce qu’il n’a pas d’équilibre. Le soldat se relève de nouveau, se saisit de son kala et monte dans la pirogue qui quitte le débarcadère en direction de la pirogue en fuite. Une fois non loin de l’embarcation, le soldat somme les occupants d’immobiliser leur pirogue, mais ces derniers semblent faire de la résistance en continuant d’actionner leurs pagaies. Mais la petite pirogue rapide ne tardera pas à rattraper l’autre en même temps que le soldat qui s’est levé subitement, sans tenir compte de la capacité de la pirogue qui l’embarquait. Le reste s’est passé très vite. Comme tout à l’heure sur la terre ferme, le soldat très nerveux tangue et tente de reprendre son équilibre en vain. Comme le font les équilibristes, il étend ses deux bras de part et d’autre de son corps, tel un oiseau qui plane pour se donner plus d’équilibre, mais notre soldat n’est pas en symbiose avec les mouvements de la pirogue et lâche son kalachnikov qui disparaît sous les flots par un plouf ! Pour un soldat, il n’y arien de plus grave au niveau de la hiérarchie que de perdre son arme de service. D’emblée, le soldat écarte de lui l’idée de plonger pour récupérer l’arme, car non seulement il ne s’y connaît pas en nage, mais l’eau est très profonde à ce niveau. Au risque de plonger pour ne plus ressortir, il s’assoit et demande au jeune piroguier de le conduire à la berge en même temps que l’autre pirogue poursuit son bonhomme de chemin, s’éloignant doucement… A partir de ce moment, l’opération de recherche est déclenchée et une récompense est mise en jeu pour la personne qui retrouvera cette arme. […] Le haut commandement, informé, débarque à Kolongo pour se rendre à l’évidence. Rien à faire, notre soldat devenu lucide et juste, depuis cette perte est immédiatement embarqué et mis au frais en attendant le reste de la procédure. J.C.Z – Le citoyen N°3399 du 17 juin 2010
"La presse se déchaîne en ce moment, les journalistes (enfin si journalistes centrafricains il n'y a jamais eu) multiplient les articles. Les journaux sont remplis de faits divers de toutes sortes. Presque pas d'articles pertinents, un style proche de la discussion de comptoir (sans parler des coquilles et des fautes d'orthographes, dans un article mon supérieur est devenu Didier Deschamps (le prénom n'est évidemment pas le sien). Les articles sont nombreux à taper sur l'étranger, quel qu'il soit. On peut le lire à toutes les sauces et cela surgit au milieu de rien, c'est un défouloir résultant d'une victimisation à outrance, c'est toujours de la faute de l'autre. Pourtant la presse a une certaine liberté de ton ici, c'est dommage qu'elle n'en profite pas. J'ai lu un article retraçant l'historique de la coupe du monde de football, le dactylo n'a même pas été capable de recopier de manière juste l'article wikipédia". { Page précédente } { Page 1 sur 7 } { Page suivante } |
Qui suis-je ?Qui suis-je ? Mon itinéraire Livre d'or Archives Amis Album photos Mes albumsLa carte des lieux visitésRubriquesDerniers articlesSites favorisAmisFlux RSS. |