L'oeil de l'éléphant

Neuf mois de gestation à enfiler des costumes.

01:25, 28/06/2010, République Centrafricaine .. 0 commentaires .. Lien
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            A l'aune des deux mois d'été c'est le moment de faire un petit bilan. Enfin un bilan est un bien grand mot, un mot qui finalement ne convient pas d'ailleurs. je ne vais pas dire bilan, mais plutôt constat. Constat car cela fait un peu plus de neuf mois que je suis ici. Neuf mois c'est le temps qu'il y a entre le moment de la procréation et de la création, tout un symbole Pour les étudiants, c'est aussi le temps d'une année scolaire. Quant à moi, pour la première fois de puis le début de toute ma vie, j'ai changé de rythme de vie. Les grandes vacances d'été, sont terminées , fini les deux mois d'oisiveté bienfaitrice. Mon costume d'écolier, mon cartable, mes bouquins et mes cahiers sont définitivement derrières moi. Fini le temps du bus, de la musique dans les écouteurs, fini le temps des rangées, fini le temps des tables et des chaises qui grincent lors que qu'on s'installe de bon matin. Révolu l'époque où les profs nous disaient quoi faire, nous disaient quoi penser sur tel ou tel sujet. Ce bon vieux temps est terminé maintenant je pense exactement tout ce que je veux et quand je veux. Je suis plus libre que je ne l'ai jamais été. Maintenant c'est le bon temps du salarié, je fais ce que le patron dit et ce que je pense je le mets après tout le reste, si je ne suis pas d'accord et bien tant pis, je le fais quand même. Ah ce que ça fait du bien de grandir. Ces neuf mois m'ont ouvert de nouvelles perspectives, bien loin de mon poste d'écolier derrière sont bureau trop petit à écouter un prof placé sur une estrade. Aujourd'hui je suis travailleur salarié, un début de rêve. Un rôle à jouer jusqu'à la fin de mes jours, un rôle ?

           J'ai définitivement passé un cap, la réalité est la pire de toutes : juillet et août vont ressembler à octobre et novembre, ou encore à mars et avril... Ça n'a l'air de rien comme ça mais c'est assez bizarre. Au cours de l'année qui vient de s'écouler je serai encore en short et tee-shirt, comme ces neuf derniers mois en fait. Je vais transpirer comme un dingue et comme depuis mon arrivée, je vais travailler à plein-temps dans un bureau non climatisé. Ce dernier truc est loin d'être le pire car juillet et août seront les mois les plus agréables pour moi au niveau des températures. Par exemple aujourd'hui il n'a fait que 30° !! Une petite pluie est venue rafraîchir le tout en début d'après-midi, c'est tellement agréable !! Hier au soir j'ai eu froid. Il faisait 19 heures environ et il devait être 25° à peu prêt. Et bien après cette gestation de neuf mois dans ce cocon bien chaud de la vallée forestière tropicale... hier soir j'avais froid. J'aurai bien pris un autre vêtement, ah zut je ne sais plus comment ça s'appelle ! Ah les mots se perdent quand on ne les utilisent plus, si quelqu'un peut m'écrire dans les commentaires le nom de ce tissu en laine que l'on met quand on à froid. Je sais que dans le temps j'en mettais, mais là... impossible d'en voir en ville. Pfff, je perds tous mes mots, ça m'énerve... si j'habitais en France en plein mois de juin je connaitrai tous ça... Bon ils ont sans doute été remplacé par d'autres mots beaucoup plus utiles ici ; tiens au hasard je vous en cite plusieurs Manioc, Carambole et Latérite. Tout ça m'étais inconnu avant. Maintenant ça veut dire quelque chose !!

           A propos de latérite, instant de vie : avec juillet et août vient la pluie, du coup avec la latérite ça fait de la boue dans les rues. Les charmantes avenues de Bangui n'étant pas goudronnées, la latérite se répand dès que cette eau bénite tombe du ciel. Du coup, soit on se déplace à pied et on a les guiboles toutes sales, soit on y va en moto (et oui, la vieille mobylette a laissé place à une magnifique pétrolette neuve avec un moteur de 125cm3.), ça y est je suis un biker !! Je vais me laisser pousser la barbe, y faire des petites tresses, je me re-laisserai pousser les cheveux et j'y ferai un catogan, je vais acheter des lacets de cuir que je vais fixer au guidon, je vais également faire sur-mesure deux belles sacoches que je mettrai de part et d'autre de ma selle !! Neuf mois pour arriver à une consécration physique. Le bikeur de Bangui, je vois déjà la tête de mort sur mon casque et les clous qui ressortiront !! « My name is Gus, mais pour faire plus court vous pouvez m'appeler le Killer !! ». Ah neuf mois ça vous change un homme !! Et puis du coup la boue partout sur les shoes et sur les fringues ne feront que renforcer mon côté loubard. Ça me plaît !!!

           Malheureusement ce costume là je ne le garde pas longtemps, juste le temps d'un trajet de quelques kilomètres. Du coup a peine arrivé au boulot, je laisse tout ça derrière moi et j'enfile un petit pantalon en toile, une belle ceinture à la boucle brillante, une chemise parfaitement repassée, les boutons sont tous bouclés jusqu'au cou, les chaussures elles sont également nickel. Un peu raide je m'avance dans ce grand bâtiment avec ma mallette pendante au bout du bras ballant. Sur le carrelage mes talons font « clac-clac », je marche vite (quand on travaille il faut toujours avoir l'air pressé, on à l'air plus compétent), j'ai aussi mon portable vissé à l'oreille. J'appelle mes rendez-vous de la journée pour confirmer, et oui !! je travaille, je suis important et donc j'ai plein de gens qui veulent me voir MOI, juste MOI, car MOI, JE suis le plus compétent dans mon domaine, tout doit passer par MOI. Je salue les deux militaires à l'entrée (il faut toujours être gentil avec le petit personnel) : important mais accessible. Je monte les escaliers d'un pas énergique, les marches sont avalées deux à deux, et si mon pantalon trop serré ne m'empêchait pas de faire des mouvements larges je les franchirais quatre à quatre. Et oui, quand on est important comme moi il ne faut pas perdre de temps. J'arrive à mon étage, je ne jette pas un regard aux visiteurs qui attendent leurs rendez-vous (pas avec moi), ils ne m'intéressent pas, je pénètre le couloir et vu que je suis important mon bureau est le premier. Hé hé hé !! Je pousse la porte, jette mon attaché-case (ça fait bien mieux que mallette quand même) sur le bureau, prends le journal, prends un petit café, allume l'ordinateur et... merde... on a pas d'électricité... Bon... Et bien je vais attendre... comme tout le monde...

           Une fois la journée terminée, je rentre chez moi et enfile encore d'autres vêtements. Je suis plus à l'aise dedans mais j'ai toujours l'air d'un guignol. Des baskets, un short, un tee-shirt ridicule (le même que n'importe qui utilise pour faire le ménage, du bricolage ou que l'on porte lorsque l'on va déménager les meubles des amis). Et ici j'en ai quelques uns, ils sont tellement ridicules que je ne peux même pas les décrire, ils me porteraient du tort. Bon résumons... j'ai tout l'attirail pour être à l'aise, du coup j'enfile mon sac à dos de montagnard, j'y insère une bouteille d'eau, une raquette et quelques balles. Me voilà équipé pour aller au squash. Je descends les escaliers et retrouve un collègue tout aussi à l'aise que moi. On file à la salle de sport et hop nous voilà parti pour suer pendant deux heures au rythme des balles qui cognent contre le mur, des cris de rage ou de dépit, des battements de cœur et des halètements. On sort exténué et les vêtement ne ressemblent plus du tout à ce qu'ils étaient. Ils s'agit d'éponges, de véritables, capables de stocker des litres et des litres de liquide !!! Quand il fait 40°, lorsqu'on sort de la salle de squash pas climatisée et pas ventilée (inadmissible franchement) on dirait que l'on sort de la piscine tout habillée !!! un vrai concept a étudier. On rentre, on prend une vrai douche et là nu comme un ver...

          … je choisis tranquillement quelques vêtements. « Quel est le programme de ce soir ? Ah ok ! ». J'enfile tout d'abord un boxer, un jean tout a fait seyant (un peu déchiré) style punk sur le retour, un chemise manche longue qui cette fois n'est pas boutonnée jusqu'au bout, elle a l'aspect légèrement satinée, ça en jète grave. Les chaussures sont du même acabit, sexy, classe mais néanmoins confortable. Je ne porte pas que ça, ce soir il faut tout donner, retour dans la salle de bain. Cerise sur le gâteau ? Un petit jet de parfum bien senti. Le moyen de locomotion ? Bien sur... le taxi. Sur le bord de la route, la main droite légèrement au dessus des épaules, les lèvres pincées, je hèle un yellow cab et me voilà en route...

           Au tout petit matin je regagne mon lit, entièrement déshabillé, je saute dans mes draps. Tel que je suis, je m'endors et je rêve. Plus rien ne déguise mon apparence, je suis moi, simplement moi, je ne trompe personne, de toute façon je suis seul dans mon grand lit. Et c'est mieux ainsi. Neuf mois de vie agréable qui vont se poursuivre encore quelques temps encore. Je suis bien où je suis et je reviendrai quand j'aurai trouvé le costume adéquat, c'est pour ça que je suis parti et c'est comme ça que je reviendrai. J'embrasse la future petite couturière.

 

 


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