L'oeil de l'éléphant

...la suite de l'Histoire

17:11, 13/10/2010, République Centrafricaine .. 0 commentaires .. Lien
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Soldat à Bir-Kakeim, juin 1942Il faut parler des mesures injustes qui ont été prises par les dirigeants militaires et politiques français. La première, la plus flagrante est le traitement différent dont sont sujets les tirailleurs. La solde n’est pas la même, c’est un fait : un soldat français de métropole est mieux payé qu’un indigène de colonie, il est également plus facilement récompensé (médaille, promotion,…). A titre d’exemple, sur les 1038 récipiendaires de la croix de la libération (la plus haute distinction militaire de l’époque), on compte seulement 14 africains, parmi eux 9 militaires (dont 3 Oubanguiens).

A cela s’ajoute un traitement beaucoup plus criminel encore sur le moment. Après que les tirailleurs aient combattus sur le sol français, ils ont souffert de différentes manières. La première et la plus flagrante a été le « blanchiment de l'armée » cette ignoble dénomination a pour but de retirer petit à petit tous les tirailleurs des rangs de l'armée et d'incorporer à la place les résistants et les soldats des Forces Françaises de l'Intérieur. Officiellement, il s'agit pour le général de Gaulle d'intégrer ces hommes, souvent d'obédience communiste, qui se sont également battus pour la France. Il s'agit surtout de garder un œil sur ceux qui risqueraient de s'élever contre le gouvernement provisoire qu'il essaye de mettre en place. Les victimes sont toutes trouvées et ne se risqueront pas à protester, ce sont les tirailleurs. Le goût amer de la ségrégation persiste et il est évident qu'il s'agit de montrer que la France a été libéré par les Français. Mais ces mesures contribuent au rôle du général de Gaulle qui a fait de la France un pays vaincu en 1940 à un pays vainqueur en 1945, donc on accepte....

Pour les oubanguiens, il semble qu'ils aient été épargnés par cette mesure grâce aux bons soins de leur supérieur. N'ayant qu'une seule source, assez impliqué dans les faits, il convient de ne pas en faire une vérité absolue. Les oubanguiens ont croisé la route des militaires américains et ces derniers leurs ont donnés quelques vêtements (notamment parce qu'ils n'étaient pas suffisamment habillés pour l'hiver français). Certains des leurs s'en sont offusqués et leur ont demandés de quitter ces vêtements, sans évidemment leur en donner de nouveaux capables de supporter les douces brises maritimes. On peut se demander comment notre si beau pays, celui que l'on se targue de nommer « des droits de l'homme », a pu faire des choses comme ça. Enfin, quoi qu'il en soit, cela ne s'arrête pas là. Dans le cadre du blanchiment on a également renvoyé les soldats dans leurs foyers. Certains seraient bien restés en France. Oui forcément, lorsque l'on se bat pour la mère patrie on veut bien voir ce que cela donne d'y vivre. En plus, une chose a frappé les soldats africains. Les blancs de France ne sont pas comme les blancs des colonies : ils sont respectueux, n'affichent pas d'air supérieur et ne les traitent pas comme des sous-hommes, au contraire. Forcément, ça intrigue…

Mais non, on les renvoie chez eux voir pire : le 30 novembre 1944, plus d'un millier de tirailleurs ex-prisonniers de guerre, démobilisés et regroupés dans le camp de transit de Thiaroye situé près de Dakar, se révoltent pour réclamer le paiement de leurs arriérés de solde et de leurs primes de démobilisation. Une mutinerie éclate le 1er décembre 1944 dont la répression sommaire cause officiellement la mort de 35 anciens tirailleurs. 48 d'entre eux sont arrêtés, certains condamnés à des peines de dix ans de prison et finalement amnistiés en 1947 par le président de la République, Vincent Auriol. La tragédie demeure un symbole fort de l'injustice coloniale

 

A l’issue de la seconde guerre mondiale les tirailleurs ont pris part à tous les combats de la France pour maintenir l’ordre colonial de plus en plus malmené. Les actions ont été nombreuses et rarement honorables pour le pays colonisateur. En vrac on peut citer l’Algérie dès le 8 mai 1945, Madagascar en 1947, l’Indochine, l’Algérie, le Cameroun (pays Bamilékés près de Baffoussam) qui s’est perpétré durant les procédures de décolonisation du pays jusqu’à la toute fin des années 1950 avec de nombreux massacres qui sont restés sous silence. Cela fait mal de découvrir tout ça, la France n’a pas seulement eu un rôle abject pendant la période coloniale, mais également au moment des indépendances. De nombreuses archives ont été emportées, du mobilier fracassé,… Cela me fait pensé à l’attitude d’un parent insouciant face à l’émancipation de son enfant. Ce dernier veut pouvoir accéder à une autonomie et la France s’est braquée du style : «  très bien, tu veux crois pouvoir t’en sortir tout seul et bien on va voir ce que cela va faire ». et hop, les bagages sont pliés et aucune transition n’a eu lieu pour déléguer les pouvoirs aux nouvelles autorités. La France a toujours une responsabilité quand à l’état dans lequel elle a laissé certains pays. Je ne parle pas du nombre de président qui ont pris place et qui se devaient d’être toujours obéissants face à l’ancien colon, je manque d’informations dessus donc je n’en dirai rien de plus.

 

Pour revenir aux tirailleurs, après avoir servi la France pendant plusieurs années le gouvernement français a déclaré en 1957 la cristallisation des pensions. Il s’agit de maintenir le montant des pensions à leur niveau, ni indexation sur la hausse du niveau de vie, ni revalorisation, ni rien du tout. En 2004 le gouvernement français accepte de supprimer le maintien de ce taux et normalement le 1er janvier 2011, les pensions des anciens combattants des anciennes colonies verront le montant être égal à celui des anciens combattants français. Pour la première fois depuis la création du régiment des tirailleurs sénégalais au XIXème siècle, les combattants sont traités de la même manière, quelque soit leur lieu de naissance ou leur couleur de peau. Ils ont eu beau verser le même sang, l’injustice est enfin réparée. L’égalité qui fait partie de notre devise est enfin respectée… enfin… pour ça au moins…

Tirailleurs Oubanguien Sergent-chef,


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