L'oeil de l'éléphant

Chaque chose est à sa place

19:58, 27/02/2011, Annecy .. 0 commentaires .. Lien
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Ce texte est une fiction, il ne s'inspire en aucun cas de faits réels et la ressemblance avec des évènements passés, présents ou futurs ne serait que fortuite. Il n'est que le fruit de l'imagination débordante de son auteur ne l'engage pas vis à vie de sa professionnelle.

 

 

Mercredi soir, le soleil se couche mais on ne le voit pas. Dehors il fait gris, plutôt gris noir en fait. Le bleu du ciel a cédé sa place à aux nuages un peu plus tôt dans l'après-midi. Désormais tout le monde se presse pour rejoindre son domicile. La saison sèche est ainsi faîte, il ne pleut pas pendant plusieurs semaines et d'un coup la nature reprend ses droits et va se déchaîner et déverser toute l'eau que le ciel a retenu tout ce temps en quelques heures, quelques minutes. Le vent se lève, la poussière accumulée tourbillonne sur la route formant des écrans de poussière rouge. Les passants, le dos courbés par le vent, se cachent le visage et plissent les yeux. Tout autour d'eux, les palmiers plient sous la puissance du vent, les branches des manguiers sont secoués violemment, certaines branches cassent. Les manques qui sont déjà de la taille d'un poing de femme se balancent dans les feuilles dangereusement. Gare à celui qui sera en dessous quand elles tomberont !

L'arbre du voyageur se fait lourd et ses feuilles gorgées d'eaux plient et se retournent vers le sol. Est-ce que si elles cassent on peut assister à un geyser ? Voici une vision apocalyptique plutôt sympathique, imaginons une rangée de ces arbres que le vent déracine... à l'image des prise à incendie, l'eau se mettrait à jaillir vers le ciel, allant affronter la pluie elle même avant quelle ne touche le sol.

L'air devient frais et humide, l'orage et sa dépression arrive. Cela ne devrait plus tarder. Les oiseaux dans le ciel fuient, toutes ailes déployées, vers le coin de ciel que l'on aperçoit au loin, exactement en sens inverse. Là les couleurs sont chaudes, l'horizon est mordorée, cette vision n'échappe pas à cet homme qui est à genou. Il aimerait lui aussi déployer ses ailes et partir le plus vite possible, loin, très loin d'ici. Mais il ne le peut pas et ce n'est pas seulement à cause des cordes qui maintiennent ses mains derrière son dos.

L'homme qui le domine regarde aussi le ciel, la tempête qui se déclare n'est pas pour lui déplaire, il aime quand les éléments sont à l'image de ce qui se passe dans sa tête, il se sait Dieu, il sait qu'il s'agit d'une histoire de communion avec la nature. Les corbeaux qui volent au dessus d'eux ne sont pas seulement là pour faire jolie, ils appuient la scène, lui donne une gravité plus importante encore. Il exulte quand il les entends croasser et rit à gorge déployée devant l'expression qui apparaît sur le visage de son prisonnier.

Cette sensation de toute puissance le grise, il aime ces moments là. Il va savourer celui là en particulier plus que les autres car celui qui se tient à ses pieds a failli lui en priver. Après avoir rêvé de ce moments là pendant des nuits, cela va se concrétiser. Il ne le pensait pas si tôt, son adversaire lui a tellement faciliter les choses, heureusement qu'il a tenté de lui prendre le pouvoir, cela va maintenant justifier toutes les folies.

Depuis qu'il est général/président sa situation a fait des envieux, arrivé après un coup d'Etat qui n'a ému personne dans le monde, il a mis en place une démocratie, enfin c'est ce qu'on a fait croire. Celui qu'il avait affronté lors du débat télévisé à la suite de ses élections est le même qui est aujourd'hui à sa merci. Ah il avait du en avaler des couleuvres, ah il avait du en graisser des mains, ah il avait du en faire des courbettes aux autres présidents pour qu'ils continuent à laisser son pays dans l'indifférence mais maintenant c'est bel et bien terminé et par chance, c'est en sa faveur.

Cela fait des mois que les pays voisins se soulèvent, un à un les peuples se sont révoltés, un à un les dirigeants ont du quitter le pouvoir. Lui était prévenu, il était prêt à se battre jusqu'au bout mais par chance son opposant le plus teigneux, le plus crédible s'est pris les pieds dans le tapis rouge de son bureau présidentiel.

Ah ça... c'est à quitte ou double, quand on joue soi-même au général d'opérette il faut savoir tenir ses hommes, un coup d'Etat ça ne se rate pas ! Son adversaire le plus redoutable est maintenant échec et mat ! Son pistolet automatique passe d'une main à l'autre, il le démange, il le brûle. Il sait qu'une fois le coup de feu parti, il va devoir s'expliquer. Oh, il n'y aura pas besoin de dire grand chose, les coups de feu tirés par les partisans de la révolution ont parlé pour lui. Ils n'auraient pas dû s'attaquer aux civils, il ne faut jamais le faire. Ce sont sont ces images qui passent en boucle dans les journaux télévisés du monde entier. Le général est tellement heureux des erreurs de ses ennemis, il est aussi ravis du dévouement de ses partisans. Il ne les comprends pas mais heureusement qu'ils sont là. Le système qu'il a mis en place permet à chacun de grappiller quelques sous par-ci, par-là. Bien sûr ce sont toujours les mêmes qui en profitent, mais ce sont aussi ceux-là qui se sont battus pour lui dans la rue... Enfin battus, ils ont plutôt offerts leur torse aux balles des putschistes.

Qu'elles étaient belles ces images... une marée violette (la couleur de son parti politique) qui s'est dressé sur le chemin des révolutionnaires. Le mélange des couleurs était magnifique, le pourpre se marie parfaitement avec le cramoisi du sang coagulé. Le vert des treillis face à la vague purpurine, se déchainement de couleurs, se fondu même aurait rendu fou le plus doué des impressionnistes. Tient ça lui fait pensé qu'il commandera une toile à son peintre officielle. Oui, il va même faire un monument à la gloire de ce jour. Un corps de femme en train de s'envoler sous la puissance des projectiles, son bébé dans ses bras qui va s'écraser sur le sol. Oui, c'est ce qu'il faut. Cela va faire une place magnifique dans la ville, il va falloir l'installer pas trop loin des fenêtres de son bureau, il veut pouvoir la voir tous les jours.

On va faire une grande fête en l'honneur de ce combat gagné. Ça va installer le régime encore plus profondément dans les esprits, on célèbre déjà le jour de son arrivée au pouvoir : « le jour de la libération », « la résurrection patriotique », les mots sont beaux, les journalistes sont forts pour ça. D'habitude ils lui cassent les pieds pour obtenir des aides afin que les articles soient élogieux, là ce ne sera pas la peine. Ils se montrent très en verve dans ces moments là. Il imagine déjà les mots qui vont sortir demain dans la presse : « la révolution du crime a échoué », « le libérateur mène par deux coups d'État à zéro », « la révolution des mangues finit en bain de sang ». Ah mais que se passe-t-il ? Ça y est, la pluie arrive, les gouttes commencent à tomber sur son bel uniforme blanc, il s'est habillé pour l'occasion. Il pointe son arme sur son prisonnier et tire. La balle éclate la boîte crânienne et va se figer dans le sol après avoir traversé le cerveau. Il aime bien le symbole... la balle qui vient détruire l'origine des idées. Il lève les yeux au ciel, il a un petit rictus, il grimace même, il adore cette sensation. Mais une goutte tombe directement dans son œil ouvert. Il jure, se frotte l'œil, s'essuie mais constate des taches de sang sur sa manche. Il va encore se prendre une remarque par sa femme, elle n'aime pas quand il se salit. Elle dit que ça lui donne mauvais genre tout ce sang.

La pluie se fait plus pressente, il presse alors le pas. Il quitte la cour intérieur et rentre immédiatement dans le palais présidentiel. A peine la porte refermée que sa femme accourt et le regarde avec ses yeux noirs, elle pointe du doigt sa manche, fait la moue et lui tourne le dos. Il hausse les épaules et va s'installer dans son bureau, pose son arme sur le maroquin et lève les bras pour s'étirer. Ouf il a eu chaud...


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