L'oeil de l'éléphant

Reprise

19:34, 16/04/2011, Bangui .. 0 commentaires .. Lien
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Voici ici un article que j'ai déjà publié il y a déjà plus d'un an. Je le remets car j'ai contacté le dessinateur Didier Kassaï pour qu'il l'illustre. Donc voici en lien les dessins qu'il a réalisés pour mon intention : lien ici

et voici donc le texte : "Les papillons de nuit" dans son intégralité

 

Je ne me recycle pas dans la chanson française à la Cindy Sanders. Là je vais parler d’un truc bien plus profond, un sujet sérieux qui touche chaque être au plus profond de lui: « mon sex-appeal ». Vous me connaissez, il n’y a pas plus beau gosse que moi, pas plus sympa, pas plus intelligent et puis bah je suis le meilleur, n’épiloguons pas plus. Ce qui est extraordinaire dans ce pays c’est que les gens d’ici ont l’air d’être déjà au courant, la preuve dans l'exemple qui suis :

L’autre soir en boîte de nuit (habitation particulière bien connue en France, en RCA c’est pareil à une exception près, j’y reviendrai), je suis de sortie avec Samuel et avec sa copine Charlotte, nous dansons ensemble un petit moment et nous nous amusons bien. Comme je tiens clairement la chandelle je pense à m’écarter du joyeux couple et rejoins la piste. Donc je danse un peu tout seul tranquillement avec ma grâce habituelle, pour ceux qui ne se la représentent pas cela fait penser un peu à la danse de Chandler (de Friends) lorsqu’il est heureux. La grâce réincarnée que je suis se retrouve seul mais pas pour longtemps, en effet, de très nombreuses jeunes demoiselles centrafricaines (les fameux papillons de nuit) ayant eu vent de la venue d’El Magnifico (soit moi-même) se placent de part et d’autres de ma personne. C’est ici que se trouve la différence notable entre les discothèques françaises et centrafricaines. Ici, il y a peu de garçons à part quelques Mounjous avec des intentions bien précises, enfin, vous imaginez lesquelles…Donc je dansais tranquillement et de chaque côté de mon intégrité je vois des demoiselles qui essayent délibérément d’attirer l’attention du beau gosse que je suis. J’ai énormément du mal à retranscrire ce qu’il s’est vraiment passé mais bon… on va tenter :

-Ambiance : musique de boîte avec du boom boom et quelques percus africaines

-Une piste de danse chargée mais pas trop

-Des spotlights dignes des soirées disco les plus enfiévrés

-Un gus légèrement en transe grâce à la Vodka-Citron (avec du vrai jus de citron, pas amer pour un sou, un régal, une découverte !!).

Le Gus se trémousse donc à contre-temps, balançant ses bras d’avant en arrière (à l’européenne) et le bassin de gauche à droite (à l’africaine). Il a le style et toute la boîte a les yeux rivés sur lui, toute non, mais presque. En tant que mâle blanc en puissance il est une cible privilégiée pour bon nombre de demoiselles aux mœurs bien légères.

Le Gus est donc dans le moov et les filles tentent désespérément d’accrocher son regard. Le Gus n’est tellement pas dans ce trip là et lorsqu’un regard a été accroché il tourne aussitôt la tête dans la direction opposée. Avec ce procédé le Gus est l’auteur d’une nouvelle danse mais lorsque le Gus est encerclé, que chaque point cardinal est occupé par une demoiselle, il est bien difficile de continuer à danser en gardant son intégrité intact (oui-oui). Lorsque enfin toute la boîte est autour du Gus et qu'il devient impossible de se trémousser sans accrocher une paire de seins ou de fesses, il quitte la piste de danse en soupirant d’orgueil (il le sait, il est le plus beau, sinon pourquoi toutes ces filles seraient près de lui ?).

Il s’assoit près de Samuel qui bizarrement n’a pas subis les mêmes affres que lui (il est nettement moins beau et la présence de son amie n’est en rien une justification). Heureusement pour le Gus, son ami Sam lui a commandé une petite vodka-orange. A la droite du Gus se trouve donc Sam qui sirote un truc par ci par là. D’un coup, deux papillons de nuit s’installent de part et d’autre de nos personnes. A la gauche du Gus : une demoiselle avec un décolleté qui n’en était pas un (quand il y en a plus dehors que dedans ça s'appelle comment ?) s’assoit à côté de moi, pose une main sur le haut de ma cuisse, une autre dans mes cheveux et là annonce qu'elle est juste là pour être amie (mais bien sur !!). Petit signe de tête pour lui signifier la beauté de son geste étant donné que je suis coincé entre Sam et elle et que je ne peux vraiment plus partir. Elle m’a coincé, moi, fair-play, je l’écoute se présenter en évitant le plus possible ses seins qui essayent étrangement d’être toujours dans mon angle de vue. Et d’un coup, Sam (le lâche) se faufile et me laisse entre les deux demoiselles, je l’aurai bien suivi mais je voulais me reposer et siroter un peu ma vodka. Mais là, venue de nulle part, une autre demoiselle prend la place illico de Sam. Me voilà donc encerclé par trois papillons de nuits qui virevoltent de la même manière que le feraient des phalènes autour d’une ampoule. Chacune me tapotant l’épaule (quand j’ai de la chance) pour attirer mon attention et en savoir un peu plus sur moi. Je ne suis sauvé que grâce à la délicate attitude de Sam qui surgit hors de la piste de danse et m’agrippe (il faut au moins ça) pour me tirer hors de leurs griffes (ongles en plastique très longs et très manucurés).

Le problème c’est qu’il ne faut jamais laisser un camarade seul derrière et ma pauvre vodka encore pleine de vie m’en a voulu. Malgré ses appels lancinant et entêtant j’ai réussi à tenir encore un peu sur la piste de danse mais son appel fût plus fort d’autant que les papillons de nuit ont semblé déserter notre emplacement. Quel fou ai-je été de penser ça, quel naïf. A peine mon postérieur, objet de tant de convoitises, s’est installé sur les coussins près de ma chère vodka peu rancunière, que d’un coup d’un seul deux papillons ont illico ressurgit pour se placer de part et d’autre. Mes excès m’ont permis de tenir le coup un petit peu, j’ai pu fumer et boire un peu tranquille mais quand la cigarette fut terminée, il était difficile d’avoir toujours le regard autant inspiré. Impitoyables, les demoiselles ont recommencé leurs danses gestuelles et leurs palabres à mon intention. Je ne fus sauvé que grâce à Charlotte quelques minutes plus tard qui, voyant ma détresse, s’est jetée sur moi et me sortie du bourbier dans lequel je délaissais une nouvelle fois ma vodka. C’est la dernière fois que je l’ai vu, les évènements suivants mon empêchés d’aller chercher ma bonne amie, cela m’en coûtait trop, je ne suis qu’un lâche.

Je ne referais pas la description de la piste de danse mais le bal est le même : éviter absolument d’accrocher un regard pour ne pas se retrouver avec une reine auto-proclamée de ma personne. Donc je dansais seul à mon accoutumé sur un air de Salsa. Et comme ici non plus ça ne se danse pas seul je faisais toujours un peu tâche sur cette piste de danse. Mais là se produisit l’incompréhensible. J’ai été happé par une toute petite main qui m’a emmené virevolter autour de la personne à laquelle elle était accrochée. Cette petite main toute blanche appartenait à une toute petite personne, toute blanche aussi, que je n’avais jamais vu. Et voilà le plus grand moment de ma vie : « Oyez Oyez mes fidèles compagnons et ouvrez bien vos esgourdes une blanche est venue trouver votre fidèle serviteur en discothèque ». Et oui !! cette chose que l'on pense inimaginable en France et que vous ne connaissez pas ça vous devez bien m’envier mais c’est la plus stricte vérité. Après avoir dansé un moment sans trop ouvrir la bouche, je commençais avoir un trop plein de paroles et j’ai eu besoin de sortir pour faire connaissance avec cette étrange créature qui est venue elle aussi me sortir des griffes des papillons de nuit. Nous avons parlé du Centrafrique et de ses mœurs, du changement de monde auquel nous sommes bien résignés de philo, de littérature, de la théorie des cordes et de la relativité et... chacun est rentré chez soi. Voilà votre fidèle serviteur de retour chez lui au chant du coq après avoir passé une excellente soirée à danser, à danser pour surtout ne rencontrer personne. Mais oui, ici quand on s’assoit on est mort. Je remercie mes compagnons qui m’ont sortis à plusieurs reprises des embûches dans lesquelles mon insidieuse vodka m’appelait. Mais je ne regrette rien, je sais que c’est mon charme et pas la taille de mon portefeuille qui ont incité ces filles à s’intéresser à mes plus beaux attributs. En me glissant dans mon lit j’ai béni le ciel d’y être seul (ce n’est jamais gagné d’avance) et me suis endormi avec des projets pleins la tête : prochainement j’irai voir le lever de soleil sur la plaine de l’Oubangui, cette fois il va falloir danser avec les patrouilles militaires. Mais d’abord je me renseignerai pour savoir s’ils aiment la danse !!

 


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