L'oeil de l'éléphant

Parce que le quotidien à l'étranger c'est aussi ça

10:21, 14/08/2012, Kigali .. 0 commentaires .. Lien
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 Il y a quelques semaines (déjà!!) j'ai assisté à un concert à Kigali. Jusque là rien d'extraordinaire, sauf que... il s'agissait d'un concert organisé par le Goethe Institut de Kigali en l'honneur d'un très grand musicien traditionnel Rwandais, mort il y a une paire de mois. Athanase Sentore était un grand joueur d'Inanga. L'Inanga est un instrument à corde de plus d'un mètre taillé dans une seule pièce de bois. En vulgarisant c'est comme un immense plateau (désolé pour la comparaison) d'un bon mètre de long sur une quarantaine de centimètres de large et moins de dix centimètres de profondeur. Un peu moins d'une dizaine de cordes sont présentes sur lesquelles, les doigts du joueur ricochent. En y regardant de plus près, les cordes ont l'air très dures, les musiciens que j'ai pu observer semblaient les pincer avec une certaine force, à l'image des cordes d'une guitare basse.

 

Lors de ce concert de nombreux artistes rwandais reconnus se sont succédés sur scène les uns après les autres pour rendre hommage à ce grand artiste. Alors pour que l'on soit clair, je ne connaissais pas ce musicien, ni la majorité des artistes qui se sont produits ce soir là. En les écoutants attentivement je n'ai même pas forcément apprécié plus que cela les musiques jouées. A l'exception de Mani Martin (que j'aime beaucoup), du jeune joueur d'Inanga Daniel, de la chanteuse Shanel (qui n'est plus à présenter au Rwanda et dans les pays limitrophes) et de Mighty Popo ; j'invite ceux qui le souhaite à chercher leurs chansons sur Internet (Youtube notamment) car cela donne un petit aperçu (très subjectif évidemment) de la musique rwandaise contemporaine, enfin celle que j'aime et que je connais.

 

Donc ce n'est pas tellement la musique qui m'a fait vibrer lors de cette soirée mais c'était le sentiment de participer à un événement particulier. Ce concert, bien qu'organisé par le Goethe Institut a été complètement animé et vécu par et pour les Rwandais présents ce soir là.

Que ce soit en République centrafricaine ou au Rwanda j'ai assisté à de nombreuses « représentations » traditionnelles en tant que touriste ou assimilé. Et c'est la première fois que j'ai vraiment senti que ces coutumes n'étaient pas faites pour ce quelles représentaient. Mais bien parce que ces traditions et ces pratiques font parties, non seulement du passé mais aussi du présent du peuple et de la culture rwandais. Les vêtements, les danseurs, les instruments et les chants n'étaient pas ce soir là pour les bazungus (les étrangers).

 

Je vais tenter une comparaison, probablement un peu fausse mais c'est ce qu'il m'est venu à l'esprit sur le moment. En tant qu'européen, ce que je qualifierais de musique traditionnelle c'est ce qu'on appelle musique folklorique avec ses instruments, ses rythmes et ses pratiques. Ayant grandis en Haute-Savoie les souvenirs que j'ai de musiques et de chants folkloriques sont associés à la fête annuelle du Vieux Seynod (nom de la ville dans laquelle j'ai grandis) à laquelle l'école nous faisait participer mais aussi à la fête médiévale d'Andilly (toujours en Haute-Savoie). Ces traditions ne ressortent désormais la plupart du temps que pour leur aspect touristique et beaucoup moins pour leur intérêt mémoriel (il me semble).

 

Et là, ce soir là près du Stade Amahoro de Kigali, j'ai senti que ces célébrations n'appartenaient pas au passé. Elles étaient fêtées car c'est de cette manière que les Rwandais (une catégorie aisée peut-être) vivent de telles soirées. C'est pourquoi j'ai eu l'impression d'être privilégié, d'assister à quelque chose d'exceptionnel (pour moi). J'ai eu à mes côtés une excellente camarade qui m'a permis de comprendre cette soirée et d'en saisir les subtilités, celles qui sont propres à la culture rwandaise justement.

La fête battant son plein, les spectateurs ont entonné des chants, ils dansaient devant la scène et se sont pleinement appropriés la soirée. Le maître de cérémonie (fils d'Athanase Sentore) a dû ensuite leur demandé gentiment de laisser les artistes « terminer ce qu'ils avaient prévus pour eux ».

 

Nous sommes ensuite partis car à partir de ce moment là, les spectateurs se sont définitivement levés et ont entonné des chants polyphoniques et des danses, là, simplement, ensemble. Selon mon amie, « chez les rwandais, quand ça commence comme ça, cela se termine au petit matin ». Nous avons donc quitté la grande tente près du stade. Moi, enchanté par ce spectacle si particulier, me sentant privilégié d'avoir assisté à un cet événement, finalement si... ordinaire dans la culture rwandaise.


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