L'oeil de l'éléphant

"Tout était dit"

17:18, 17/02/2013, Afrique .. 0 commentaires .. Lien
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J'ai envie d'écrire aujourd'hui, mais je ne sais pas sur quoi. Le temps... mouais, la politique... hum inutile et lassant, Jean-Jacques Goldman... ouais mais je ne sais pas si ça va intéresser grand monde. De moi ? c'est un peu comme pour Goldman. Parler du boulot ? Oh... je peux bien en dire deux mots : on va bientôt ouvrir notre section française à la bibliothèque publique de Kigali. C'est passionnant de faire ce travail même si ce n'est pas facile tous les jours.

En vérité, je vous le dis, il est tellement plus facile d'être un simple employé, de ne pas faire de propositions, de ne pas prendre d'initiatives et de simplement suivre. Je me rends compte à quel point les responsabilités sont sources de stress. Et encore !! je suis simplement responsable d'une médiathèque qui a deux employés (moi inclus). Ce que je vis actuellement, me rappelle un sentiment qui m'a envahit par deux fois dans ma vie. La première c'était en septembre 2009. Je l'ai ressenti plusieurs fois en quelques jours. La première c'était dans le train qui m'amenait à Paris, je prenais l'avion pour aller à Bangui. Là j'ai senti une réelle mise en danger, les responsabilités d'avoir fait un choix. Les phrases et les questions qui me venaient à l'esprit étaient : « mais pourquoi fais-tu ça ? », « que vas-tu chercher ? », « ne serais-tu pas mieux à rester chez toi ? »... Cela me l'a refait à un autre moment dans l'avion et puis l'excitation a pris la place, puis la fatigue. Je volais de nuit et après avoir survoler Paris et ses lumières, il n'y avait plus grand chose à voir par le hublot. J'ai finalement atterris, le mouvement et la foule à l'aéroport ne m'ont pas permis de vraiment mesurer ce qu'il se passait. J'ai suivi le flot. Un collègue est venu me chercher et j'ai continué à suivre. Nous avons pris un petit-déjeuner, réaliser quelques formalités et on m'a déposé chez moi. Mon nouveau chez moi, pour au moins un an. Là de nouveau ce sentiment m'a pris. De nouveau ce sentiment de mise en danger mais aussi de peur.

J'étais dans ce nouvel appartement poussiéreux car personne n'y avait habité depuis longtemps, emplie une forte odeur d'humidité. Dans ce nouvel appartement j'étais en train de mettre mes draps sur un matelas en mousse bouffé et presque moisi, je cherchais un moyen de mettre ma moustiquaire et là, j'ai ressenti un très fort sentiment de solitude et d'abandon (de qui ? du monde entier je suppose). Et puis je suis allé de l'avant, j'ai pris mon courage à deux mains et je suis sorti dans la rue, j'ai affronté ce monde nouveau autour de moi, j'ai affronté le soleil, j'ai marché sur l'avenue Boganda vers un supermarché pour acheter de quoi me débrouiller, de quoi nettoyer, de quoi m'approprier ce nouvel univers que je découvrais. J'étais très fier de moi, d'avoir posé le pied dans la rue, seul, quelques minutes seulement après avoir été laissé seul. Cela reste un des plus beaux moments de ma vie d'homme. Je m'affranchissais de ma peur et décidais d'affronter ce continent, j'ai eu l'impression d'être un conquistador à l'armure brillante qui s'avance dans la jungle effrayante et agressive. Vraiment, ce jour là je me suis senti courageux.

Deux ans plus tard j'ai ressenti de nouveau un sentiment puissant, proche d'une colère envers moi-même. C'était en novembre 2011, j'étais dans l'avion qui m'emmenait à Kigali et je me suis dit « alors tu y retournes », « mais qu'est ce que tu as besoin de recommencer ça », « une fois cela ne te suffit pas ? ». Je repartais pour l'inconnu et je le faisais une nouvelle fois seul. Malgré tout, ce sentiment est resté moins longtemps en moi que deux ans auparavant. Ça a été encore fort quand j'étais dans ma toute petite chambre à Kiyovu. J'essayais de l'aménager du mieux que je pouvais et j'arrangeais le drap deux places autour du matelas une place. Ce sont des sentiments qui restent, l'impression de se faire le touriste de sa vie, de voir qu'elle nous mène à tel ou tel endroit et de se dire mais pourquoi ? comment me suis-je de nouveau retrouvé dans cette position inconfortable de devoir affronter la nouveauté, l'inconnu et un tout autre univers.

 

Ces deux moments de ma vie sont très importants, surtout que je ne les regrette pas à un seul moment. J'ai fait ces choix en mon âme et confiance (oui, c'est fait exprès) et il m'ont permis d'être l'homme que je suis aujourd'hui, celui qui se regarde dans la glace en se disant que ce n'est pas si mal. Dans ces moments là, je me fais l'impression d'être le lecteur du livre de ma vie, et je meurs d'envie d'avancer de quelques chapitres pour voir la portée des choix que j'aurais fait...


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