L'oeil de l'éléphant

Différences culturelles

20:22, 2/12/2009, Berbérati .. 2 commentaires .. Lien
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            J’étais avec Mirabelle (la demoiselle qui nous avait accompagné au marché de PK 5 et qui est l’auteur de la recette du sauté de cabri), nous discutions de nos différences et tout et tout. Et je lui demande si elle sait pourquoi y a des blancs et y a noirs, elle me dit que non. Alors je me lance dans l’explication qui est admise par la majorité de la communauté scientifique. Nous descendons tous du singe, les premiers hommes sont apparus en Afrique centrale et puis certains Homo Sapiens ont quitté le berceau de l’humanité (là où je me trouve, c’est dingue non ?) et se sont déplacés à différents endroits. Comme le climat était différent les hommes se sont habitués aux différentes contraintes et le changement le plus visible est évidemment le physique et notamment la couleur de la peau. Après mon petit laïus, qu’elle a suivi attentivement elle a conclu par une phrase magnifique : « C’est une jolie histoire ». Moi tout étonné je lui demande alors sa version et elle me répond que « c’est Dieu qui l’a voulu ». De telles différences sont assez symptomatiques. Ici, Dieu veut beaucoup de choses et quand ce n’est pas lui qui veut c’est les coutumes qui prennent le relais. Tout ça agit d’une certaine manière sur l’économie et sur le développement culturel du pays.

            Pour reprendre sur les différences culturelles je m’en vais vous compter une petite histoire. A Berbérati j’ai assisté à des scènes surréalistes dans ce genre. Un collègue nous parlait sans arrêt de ses parents qu’il allait voir – des frères – des neveux – des tantes – etc. Et ça sans arrêt, toujours nous sommes allé dire bonjour à de nombreuses personnes et toujours selon lui des personnes de sa famille. Par la suite, j’ai appris et compris que toutes ces personnes étaient en fait des gens avec qui il avait partagé un bout de vie. Par exemple, le chauffeur qui nous a accompagné va devenir le « petit frère » de notre collègue, ils ne s’appelleront plus par leur prénom mais par cette dénomination de « petit ou grand frère ». Cela explique donc la très nombreuse famille que constitue toute la centrafrique. Mais ce modèle a été ébranlé par les derniers évènements et les coups d’état. Car à partir du moment où une personne devient de votre famille, toute votre famille doit lui montrer du respect. Et par exemple, lors des troubles, des combats ont engagés des membres de famille à se battre les uns contre les autres. Et cela a constitué une profonde consternation au sein des protecteurs de cette coutume. Je ne sais pas si vous me suivez toujours mais en gros cela a ébranlé toute la constitution même de la société banguissoise. Aujourd’hui ce principe de famille perdure mais a perdu de la consistance. Les trois derniers chefs d’état (François Bozzizé (l’actuel), Ange Félix Patassé (la « victime du coup d’état de 2003) et André Kolingba (fin des années 1980)) ont changé la donne sur la constitution de leur entourage (ministres, conseillers, hauts représentants,…) Ils ont été nommés en fonction de leur ethnies d’origine et cela s’est vu. La question ethnique qui n’a jamais été un problème commence à en devenir un dans les plus hautes sphères administratives et cela se retrouve petit à petit parmi toutes les couches de la population. Les ethnies ne sont pas du tout en conflit, je ne pense pas qu’elles le seront un jour, mais une sorte de cooptation apparaît de plus en plus.

 

            A une échelle moins importante des particularités familiales s’appliquent au quotidien. J’ai vécu une scène invraisemblable au cours d’un repas. Nous étions en compagnie d’un collègue et nous avons été invités à boire une bière par un de ses « frères ». Comme nous avions dépassé 13h, il commençait à faire faim et nous avions commandé du poulet sauvage braisé et quelques bananes plantains. Une fois les plats amenés par la serveuse, nous avons répartis la nourriture en fonction du nombre de convive que nous étions. Et là, le « petit-frère » de mon collègue nous dit qu’il ne mangera pas. On s’étonne un peu, est ce qu’il fait des manières ? Nous, français, insistons pour qu’il partage notre repas, il nous a payé des bières, on peut bien lui payer le poulet, donnant-donnant. Et là il nous dit que ce n’est pas possible pour lui de manger du poulet car c’est un plat sacré qu’il ne peut partager avec son « grand-frère ». Il peut manger quelques bananes plantains mais impossible pour lui de toucher au poulet, ce serait aller à l’encontre des traditions et une grande marque de déshonneur pour lui et sa famille. Nous avons cherchés l’explication, nous l’avons demandés, rien à faire. C’est comme ça dans leur ethnie et impossible de savoir pourquoi, mais c’est comme ça. A un moment il se tourne vers la serveuse et lui commande du poisson grillé, qui arrive quelques minutes plus tard. J’ai véritablement halluciné de le voir manger son petit plat de poisson, toujours à côté de son « grand-frère », le poisson ne pose pas de problèmes. Je n’ai eu l’explication que bien plus tard. Le lendemain de mon retour à Bangui j’ai revu un ami qui m’a montré son quartier et nous avons bu une bière. Je lui ai demandé de m’expliquer cette scène du restaurant. C’est alors qu’il m’a dit ce que signifiait cette scène pour les gens de son ethnie. En fait quand deux hommes ne partagent pas un poulet c’est qu’il y a eu une histoire de femme entre eux. Comme quoi…



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