L'oeil de l'éléphant

...la suite de l'Histoire

17:11, 13/10/2010, République Centrafricaine .. 0 commentaires .. Lien
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Soldat à Bir-Kakeim, juin 1942Il faut parler des mesures injustes qui ont été prises par les dirigeants militaires et politiques français. La première, la plus flagrante est le traitement différent dont sont sujets les tirailleurs. La solde n’est pas la même, c’est un fait : un soldat français de métropole est mieux payé qu’un indigène de colonie, il est également plus facilement récompensé (médaille, promotion,…). A titre d’exemple, sur les 1038 récipiendaires de la croix de la libération (la plus haute distinction militaire de l’époque), on compte seulement 14 africains, parmi eux 9 militaires (dont 3 Oubanguiens).

A cela s’ajoute un traitement beaucoup plus criminel encore sur le moment. Après que les tirailleurs aient combattus sur le sol français, ils ont souffert de différentes manières. La première et la plus flagrante a été le « blanchiment de l'armée » cette ignoble dénomination a pour but de retirer petit à petit tous les tirailleurs des rangs de l'armée et d'incorporer à la place les résistants et les soldats des Forces Françaises de l'Intérieur. Officiellement, il s'agit pour le général de Gaulle d'intégrer ces hommes, souvent d'obédience communiste, qui se sont également battus pour la France. Il s'agit surtout de garder un œil sur ceux qui risqueraient de s'élever contre le gouvernement provisoire qu'il essaye de mettre en place. Les victimes sont toutes trouvées et ne se risqueront pas à protester, ce sont les tirailleurs. Le goût amer de la ségrégation persiste et il est évident qu'il s'agit de montrer que la France a été libéré par les Français. Mais ces mesures contribuent au rôle du général de Gaulle qui a fait de la France un pays vaincu en 1940 à un pays vainqueur en 1945, donc on accepte....

Pour les oubanguiens, il semble qu'ils aient été épargnés par cette mesure grâce aux bons soins de leur supérieur. N'ayant qu'une seule source, assez impliqué dans les faits, il convient de ne pas en faire une vérité absolue. Les oubanguiens ont croisé la route des militaires américains et ces derniers leurs ont donnés quelques vêtements (notamment parce qu'ils n'étaient pas suffisamment habillés pour l'hiver français). Certains des leurs s'en sont offusqués et leur ont demandés de quitter ces vêtements, sans évidemment leur en donner de nouveaux capables de supporter les douces brises maritimes. On peut se demander comment notre si beau pays, celui que l'on se targue de nommer « des droits de l'homme », a pu faire des choses comme ça. Enfin, quoi qu'il en soit, cela ne s'arrête pas là. Dans le cadre du blanchiment on a également renvoyé les soldats dans leurs foyers. Certains seraient bien restés en France. Oui forcément, lorsque l'on se bat pour la mère patrie on veut bien voir ce que cela donne d'y vivre. En plus, une chose a frappé les soldats africains. Les blancs de France ne sont pas comme les blancs des colonies : ils sont respectueux, n'affichent pas d'air supérieur et ne les traitent pas comme des sous-hommes, au contraire. Forcément, ça intrigue…

Mais non, on les renvoie chez eux voir pire : le 30 novembre 1944, plus d'un millier de tirailleurs ex-prisonniers de guerre, démobilisés et regroupés dans le camp de transit de Thiaroye situé près de Dakar, se révoltent pour réclamer le paiement de leurs arriérés de solde et de leurs primes de démobilisation. Une mutinerie éclate le 1er décembre 1944 dont la répression sommaire cause officiellement la mort de 35 anciens tirailleurs. 48 d'entre eux sont arrêtés, certains condamnés à des peines de dix ans de prison et finalement amnistiés en 1947 par le président de la République, Vincent Auriol. La tragédie demeure un symbole fort de l'injustice coloniale

 

A l’issue de la seconde guerre mondiale les tirailleurs ont pris part à tous les combats de la France pour maintenir l’ordre colonial de plus en plus malmené. Les actions ont été nombreuses et rarement honorables pour le pays colonisateur. En vrac on peut citer l’Algérie dès le 8 mai 1945, Madagascar en 1947, l’Indochine, l’Algérie, le Cameroun (pays Bamilékés près de Baffoussam) qui s’est perpétré durant les procédures de décolonisation du pays jusqu’à la toute fin des années 1950 avec de nombreux massacres qui sont restés sous silence. Cela fait mal de découvrir tout ça, la France n’a pas seulement eu un rôle abject pendant la période coloniale, mais également au moment des indépendances. De nombreuses archives ont été emportées, du mobilier fracassé,… Cela me fait pensé à l’attitude d’un parent insouciant face à l’émancipation de son enfant. Ce dernier veut pouvoir accéder à une autonomie et la France s’est braquée du style : «  très bien, tu veux crois pouvoir t’en sortir tout seul et bien on va voir ce que cela va faire ». et hop, les bagages sont pliés et aucune transition n’a eu lieu pour déléguer les pouvoirs aux nouvelles autorités. La France a toujours une responsabilité quand à l’état dans lequel elle a laissé certains pays. Je ne parle pas du nombre de président qui ont pris place et qui se devaient d’être toujours obéissants face à l’ancien colon, je manque d’informations dessus donc je n’en dirai rien de plus.

 

Pour revenir aux tirailleurs, après avoir servi la France pendant plusieurs années le gouvernement français a déclaré en 1957 la cristallisation des pensions. Il s’agit de maintenir le montant des pensions à leur niveau, ni indexation sur la hausse du niveau de vie, ni revalorisation, ni rien du tout. En 2004 le gouvernement français accepte de supprimer le maintien de ce taux et normalement le 1er janvier 2011, les pensions des anciens combattants des anciennes colonies verront le montant être égal à celui des anciens combattants français. Pour la première fois depuis la création du régiment des tirailleurs sénégalais au XIXème siècle, les combattants sont traités de la même manière, quelque soit leur lieu de naissance ou leur couleur de peau. Ils ont eu beau verser le même sang, l’injustice est enfin réparée. L’égalité qui fait partie de notre devise est enfin respectée… enfin… pour ça au moins…

Tirailleurs Oubanguien Sergent-chef,



C'est le début d'une Histoire

01:59, 23/09/2010, République Centrafricaine .. 0 commentaires .. Lien
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Mais je déchirerai le rire « banania » de tous les murs de France.

Qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’armes, votre frère de sang ?

Léopold Sédar Senghor – Hostie Noire

 

Ni frère d'arme, ni frère de sang et pourtant je les chante, pourtant je les loue. Les louer pour quoi ? Cinquante ans d'indépendance, pourquoi fêter cela ? Et si... comment le fêter. Un collègue a eu une brillante idée... celle de rendre hommage aux anciens combattants centrafricains qui sont encore vivants pour mieux célébrer tous ceux qui se sont battus pour la France. Un constat tout d'abord, au fur et à mesure que l'on épluche ces moments historiques, on se demande bien ce que l'on peut fêter sans ouvrir les pages noires de notre histoire commune.

Des problèmes de définition tout d'abord... « les troupes des tirailleurs sénégalais ne sont pas tous nés sur les bords du fleuve Sénégal » (j'espère Étienne que tu ne m'en voudras pas d'emprunter ici tes mots, je te les rends dès que j'ai terminé). On parle donc très généralement de tous les soldats africains, originaires d'Afrique noire. Donc tout d'abord il y a le problème que cela soulève, ces hommes se sont donc battus pour une patrie qui n'était pas la leur puisqu'ils n'étaient qu'indigènes et non pas, citoyen français. Certains disaient qu'il était normal que les colonisés se battent pour la mère patrie, elle qui avait investit tant de sang et d'argent dans la mission civilisatrice. Je me dispense ici de commentaires, il me semble que tout est dit...

Bref, les africains et les malgaches issus des colonies ont donc commencé à participer aux combats civilisateur à proprement parlé puisque les premières troupes ont servi à pacifier les nouveaux territoires colonisés (ceux qui ont le temps peuvent se pencher sur l'exemple du Kongo Wara). En 1914, alors que l'Europe s'affronte et se déchire, elle embarque dans son giron les troupes coloniales et exporte ainsi les combattants sur son propre territoire. Par chance les indigènes avaient droit à un traitement spécial puisque leurs femmes et leurs enfants pouvaient les accompagner lors de leur service. Cela donnait un beau bazar et personne ne se posait la question de savoir ce que des femmes et des enfants faisaient sur un champ de bataille.

Le temps a passé et certains hommes se sont fièrement battus et ont permis à l'empire colonial de l'emporter sur son frère ennemi. Pour la première fois les africains ont eu la preuve que les européens n'étaient en aucun cas de meilleurs hommes qu'eux. Deux choses les ont frappés. La première c'est que les blancs se tuaient entre eux, ils n'étaient donc pas tous d'accord et surtout, les blancs mourraient exactement comme les noirs, ils versaient le même sang.

La deuxième, qui me semble la plus révélatrice c'est que les blancs d'Europe ne se comportaient pas comme les blancs d'Afrique à l'encontre des noirs. Ils les vouvoyaient, ils les respectaient en tant que soldat, etc. Le retour a donc été très violent car les Africains avaient sous les yeux les preuves tangibles de l'abomination de leur asservissement (en plus évidemment des travaux forcés comme le portage, par exemple, qui consistait au transport de très lourdes charges sur des centaines de kilomètres dans la forêt tropicale ou équatoriale pour installer de nouvelles infrastructures, tout ça la chicote à la main).

Donc malgré le sang versé, les colonies africaines francophones n'ont pas acquis l'indépendance, loin s'en faut. La vie coloniale a perduré et en 1939 la seconde guerre mondiale éclate. Pendant que les combats ne se déroulent pas pendant la drôle de guerre quelques troupes coloniales s'entraînaient néanmoins pour rejoindre la métropole. En trois semaines la France est battue, le gouvernement s'enfuit, laisse les pleins pouvoir au maréchal Pétain et de Gaulle s'en offusque et de Londres lance sont appel. Les premiers à y répondre sont une île du Pacifique dès le mois de juillet et vient le tour des territoires de l'Afrique Équatoriale Française (Tchad, Cameroun, Congo français, Oubangui-Chari et le Gabon). A cause de l'éternelle défiance franco-anglaise, l'Afrique Occidentale Française et l'Afrique du Nord ne se sont ralliés au général de Gaulle qu'en 1942 (cf. Mers el-Kébir).

J'en profite pour faire une petite digression sur les conditions de ralliement au Général qui sont vraiment surprenantes. De nombreux évènements se sont joués à peu de choses et toute l'histoire des débuts de la seconde guerre mondiale vue par les anciennes colonies est édifiante sur la réalité de la géopolitique. Enfin quoi qu'il en soit, l'Oubangui-Chari (actuelle République centrafricaine) s'est retrouvée ainsi actrice dans la guerre. Je passe sur la réalité à l'intérieur même du territoire que je ne connais pas mais je vais vous conter l'épopée du deuxième bataillon de marche.



« On n’est pas tous perchés sur la même branche » - Macé

22:26, 14/08/2010, République Centrafricaine .. 0 commentaires .. Lien
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Mettre les choses dans des cases, ranger, inlassablement ranger, trier, cataloguer, inventorier pour que tout soit à sa place, à la place la plus cohérente, la plus pratique. Tout ça c’est mon boulot mais le problème c’est que c’est devenu aussi un peu ma vie et à force de séparer les choses on finit par les opposer. Je suis blanc-ils sont noirs, désintéressé-pleins d’arrières pensées, profiteur-abusés et tous un peu las. On n’est pas loin de la caricature !! Cela devient alors dangereux quand on est soit même le cliché que l’on a tant décrié. A force de vouloir mettre les gens dans des cases je me suis moi-même enfermé dans une. Le comble c’est qu’elle ne me plaisait pas, ma case.

 

Arriver dans un pays que l’on ne connaît pas, dans une culture différente, ça bouleverse. Tous les repères sont chamboulés et pour ne pas perdre pied on prend de la hauteur. Quand ça va dans ce sens c’est bon, mais quand on en devient hautain ça ne va plus. Difficile d’éviter cet écueil, j’espère d’ailleurs m’en sortir à temps. Pour comprendre mon nouvel entourage j’ai essayé de comparer avec ce que je connaissais déjà. Peine perdue, c’est trop éloigné, trop différents, alors au lieu d’apprendre je me suis méfié. Aujourd’hui j’essaye d’être plus patient, on ne va pas tous à la même vitesse et surtout pas forcément au même endroit, alors au lieu de forcer les autres à prendre le train en route pourquoi ne pas simplement ralentir ?

Ce voyage et ce travail me font pleinement découvrir toute la difficulté de comprendre l’autre sans le juger. L’autre est de toute façon un étranger pour soi, alors pourquoi faire des étrangers plus étrangers qu’ils ne le sont ? Petit à petit j’apprends, je me rends compte que l’on ne finit jamais d’apprendre d'ailleurs. À ce qu’il paraît c’est cela la sagesse, j’arrive alors à une conclusion, devenir sage c’est long, tellement long. Quel que soit mon avenir je sais que cette expérience est une des meilleures choses qui me soit arrivée, je suis plutôt lent à comprendre, il m’a fallu partir loin pour le saisir et même avec cette distance, il m’a fallu 11 mois pour saisir pourquoi j’étais parti et ce que j’étais venu chercher. Ce qui est magique, c’est qu’il me reste donc plus d’un an encore pour éventuellement trouver. Ça devrait être plus facile maintenant que je suis quoi chercher. Je sais aussi que même si je ne le trouve pas, je continuerai à le chercher à l’endroit où je serai, quel qu’il soit. Tout cela me plait, je crois qu’il s’agit d’une belle aventure et je pense que l’aventure se vit toujours au présent.



Neuf mois de gestation à enfiler des costumes.

01:25, 28/06/2010, République Centrafricaine .. 0 commentaires .. Lien
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            A l'aune des deux mois d'été c'est le moment de faire un petit bilan. Enfin un bilan est un bien grand mot, un mot qui finalement ne convient pas d'ailleurs. je ne vais pas dire bilan, mais plutôt constat. Constat car cela fait un peu plus de neuf mois que je suis ici. Neuf mois c'est le temps qu'il y a entre le moment de la procréation et de la création, tout un symbole Pour les étudiants, c'est aussi le temps d'une année scolaire. Quant à moi, pour la première fois de puis le début de toute ma vie, j'ai changé de rythme de vie. Les grandes vacances d'été, sont terminées , fini les deux mois d'oisiveté bienfaitrice. Mon costume d'écolier, mon cartable, mes bouquins et mes cahiers sont définitivement derrières moi. Fini le temps du bus, de la musique dans les écouteurs, fini le temps des rangées, fini le temps des tables et des chaises qui grincent lors que qu'on s'installe de bon matin. Révolu l'époque où les profs nous disaient quoi faire, nous disaient quoi penser sur tel ou tel sujet. Ce bon vieux temps est terminé maintenant je pense exactement tout ce que je veux et quand je veux. Je suis plus libre que je ne l'ai jamais été. Maintenant c'est le bon temps du salarié, je fais ce que le patron dit et ce que je pense je le mets après tout le reste, si je ne suis pas d'accord et bien tant pis, je le fais quand même. Ah ce que ça fait du bien de grandir. Ces neuf mois m'ont ouvert de nouvelles perspectives, bien loin de mon poste d'écolier derrière sont bureau trop petit à écouter un prof placé sur une estrade. Aujourd'hui je suis travailleur salarié, un début de rêve. Un rôle à jouer jusqu'à la fin de mes jours, un rôle ?

           J'ai définitivement passé un cap, la réalité est la pire de toutes : juillet et août vont ressembler à octobre et novembre, ou encore à mars et avril... Ça n'a l'air de rien comme ça mais c'est assez bizarre. Au cours de l'année qui vient de s'écouler je serai encore en short et tee-shirt, comme ces neuf derniers mois en fait. Je vais transpirer comme un dingue et comme depuis mon arrivée, je vais travailler à plein-temps dans un bureau non climatisé. Ce dernier truc est loin d'être le pire car juillet et août seront les mois les plus agréables pour moi au niveau des températures. Par exemple aujourd'hui il n'a fait que 30° !! Une petite pluie est venue rafraîchir le tout en début d'après-midi, c'est tellement agréable !! Hier au soir j'ai eu froid. Il faisait 19 heures environ et il devait être 25° à peu prêt. Et bien après cette gestation de neuf mois dans ce cocon bien chaud de la vallée forestière tropicale... hier soir j'avais froid. J'aurai bien pris un autre vêtement, ah zut je ne sais plus comment ça s'appelle ! Ah les mots se perdent quand on ne les utilisent plus, si quelqu'un peut m'écrire dans les commentaires le nom de ce tissu en laine que l'on met quand on à froid. Je sais que dans le temps j'en mettais, mais là... impossible d'en voir en ville. Pfff, je perds tous mes mots, ça m'énerve... si j'habitais en France en plein mois de juin je connaitrai tous ça... Bon ils ont sans doute été remplacé par d'autres mots beaucoup plus utiles ici ; tiens au hasard je vous en cite plusieurs Manioc, Carambole et Latérite. Tout ça m'étais inconnu avant. Maintenant ça veut dire quelque chose !!

           A propos de latérite, instant de vie : avec juillet et août vient la pluie, du coup avec la latérite ça fait de la boue dans les rues. Les charmantes avenues de Bangui n'étant pas goudronnées, la latérite se répand dès que cette eau bénite tombe du ciel. Du coup, soit on se déplace à pied et on a les guiboles toutes sales, soit on y va en moto (et oui, la vieille mobylette a laissé place à une magnifique pétrolette neuve avec un moteur de 125cm3.), ça y est je suis un biker !! Je vais me laisser pousser la barbe, y faire des petites tresses, je me re-laisserai pousser les cheveux et j'y ferai un catogan, je vais acheter des lacets de cuir que je vais fixer au guidon, je vais également faire sur-mesure deux belles sacoches que je mettrai de part et d'autre de ma selle !! Neuf mois pour arriver à une consécration physique. Le bikeur de Bangui, je vois déjà la tête de mort sur mon casque et les clous qui ressortiront !! « My name is Gus, mais pour faire plus court vous pouvez m'appeler le Killer !! ». Ah neuf mois ça vous change un homme !! Et puis du coup la boue partout sur les shoes et sur les fringues ne feront que renforcer mon côté loubard. Ça me plaît !!!

           Malheureusement ce costume là je ne le garde pas longtemps, juste le temps d'un trajet de quelques kilomètres. Du coup a peine arrivé au boulot, je laisse tout ça derrière moi et j'enfile un petit pantalon en toile, une belle ceinture à la boucle brillante, une chemise parfaitement repassée, les boutons sont tous bouclés jusqu'au cou, les chaussures elles sont également nickel. Un peu raide je m'avance dans ce grand bâtiment avec ma mallette pendante au bout du bras ballant. Sur le carrelage mes talons font « clac-clac », je marche vite (quand on travaille il faut toujours avoir l'air pressé, on à l'air plus compétent), j'ai aussi mon portable vissé à l'oreille. J'appelle mes rendez-vous de la journée pour confirmer, et oui !! je travaille, je suis important et donc j'ai plein de gens qui veulent me voir MOI, juste MOI, car MOI, JE suis le plus compétent dans mon domaine, tout doit passer par MOI. Je salue les deux militaires à l'entrée (il faut toujours être gentil avec le petit personnel) : important mais accessible. Je monte les escaliers d'un pas énergique, les marches sont avalées deux à deux, et si mon pantalon trop serré ne m'empêchait pas de faire des mouvements larges je les franchirais quatre à quatre. Et oui, quand on est important comme moi il ne faut pas perdre de temps. J'arrive à mon étage, je ne jette pas un regard aux visiteurs qui attendent leurs rendez-vous (pas avec moi), ils ne m'intéressent pas, je pénètre le couloir et vu que je suis important mon bureau est le premier. Hé hé hé !! Je pousse la porte, jette mon attaché-case (ça fait bien mieux que mallette quand même) sur le bureau, prends le journal, prends un petit café, allume l'ordinateur et... merde... on a pas d'électricité... Bon... Et bien je vais attendre... comme tout le monde...

           Une fois la journée terminée, je rentre chez moi et enfile encore d'autres vêtements. Je suis plus à l'aise dedans mais j'ai toujours l'air d'un guignol. Des baskets, un short, un tee-shirt ridicule (le même que n'importe qui utilise pour faire le ménage, du bricolage ou que l'on porte lorsque l'on va déménager les meubles des amis). Et ici j'en ai quelques uns, ils sont tellement ridicules que je ne peux même pas les décrire, ils me porteraient du tort. Bon résumons... j'ai tout l'attirail pour être à l'aise, du coup j'enfile mon sac à dos de montagnard, j'y insère une bouteille d'eau, une raquette et quelques balles. Me voilà équipé pour aller au squash. Je descends les escaliers et retrouve un collègue tout aussi à l'aise que moi. On file à la salle de sport et hop nous voilà parti pour suer pendant deux heures au rythme des balles qui cognent contre le mur, des cris de rage ou de dépit, des battements de cœur et des halètements. On sort exténué et les vêtement ne ressemblent plus du tout à ce qu'ils étaient. Ils s'agit d'éponges, de véritables, capables de stocker des litres et des litres de liquide !!! Quand il fait 40°, lorsqu'on sort de la salle de squash pas climatisée et pas ventilée (inadmissible franchement) on dirait que l'on sort de la piscine tout habillée !!! un vrai concept a étudier. On rentre, on prend une vrai douche et là nu comme un ver...

          … je choisis tranquillement quelques vêtements. « Quel est le programme de ce soir ? Ah ok ! ». J'enfile tout d'abord un boxer, un jean tout a fait seyant (un peu déchiré) style punk sur le retour, un chemise manche longue qui cette fois n'est pas boutonnée jusqu'au bout, elle a l'aspect légèrement satinée, ça en jète grave. Les chaussures sont du même acabit, sexy, classe mais néanmoins confortable. Je ne porte pas que ça, ce soir il faut tout donner, retour dans la salle de bain. Cerise sur le gâteau ? Un petit jet de parfum bien senti. Le moyen de locomotion ? Bien sur... le taxi. Sur le bord de la route, la main droite légèrement au dessus des épaules, les lèvres pincées, je hèle un yellow cab et me voilà en route...

           Au tout petit matin je regagne mon lit, entièrement déshabillé, je saute dans mes draps. Tel que je suis, je m'endors et je rêve. Plus rien ne déguise mon apparence, je suis moi, simplement moi, je ne trompe personne, de toute façon je suis seul dans mon grand lit. Et c'est mieux ainsi. Neuf mois de vie agréable qui vont se poursuivre encore quelques temps encore. Je suis bien où je suis et je reviendrai quand j'aurai trouvé le costume adéquat, c'est pour ça que je suis parti et c'est comme ça que je reviendrai. J'embrasse la future petite couturière.

 

 



Puisqu'il faut bien mettre les pieds dans le plat

15:47, 14/06/2010, République Centrafricaine .. 0 commentaires .. Lien
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La République Centrafricaine est indépendante depuis 1960. A l'instar de 14 autres anciens pays colonisés par la France, cette année 2010 marque le cinquantenaire des indépendances. Forcément 50 ans c'est beau !! Alors pourquoi ne pas faire un bilan ?

Allez, je la fais courte...

Barthélémy Boganda était député à l'assemblée et représentait donc l'Oubangui-Chari. Ce prêtre de formation était un visionnaire puisqu'il voulait créer les Etats-Unis d'Afrique. La Centrafrique est l'héritière de ce beau projet. Un professeur d'Histoire de l'Université de Bangui m'a dit que les couleurs du drapeau représentaient chacune un pays :

-Bleu = Congo Brazzaville pour la mer

-Blanc = Tchad pour le coton

-Vert = Gabon pour les forêts

-Jaune = RCA pour l’or

-Rouge = sang de nos grands parents

-L'étoile symbolisant quant à elle le chemin à suivre pour évoluer.

Donc un beau projet avec de belles paroles aussi, puisqu'il a défini les devoirs fondamentaux de l'Etat qui sont : nourrir, vêtir, soigner, loger et instruire. Il est l'homme du Zo kwe Zo (en sango dans le texte) qui veut dire en gros qu'un homme en vaut en autre. Il proclame la République Centrafricaine le 1er décembre 1958. Dans les faits c'est plutôt prometteur, sauf qu'il meurt dans un accident d'avion le 29 mars 1959, un jour de Pâques.

Les présidents se suivent et ont tous plus ou moins un lien les uns entre les autres. David Dacko est un cousin de Boganda. Il est renversé le 1er janvier 1966 par Jean-Bedel Bokassa qui finira par s'autoproclamer Empereur et 13ème apôtre le 4 décembre 1976 sous le nom de Bokassa 1er. A noter que Bokassa était également de la famille de Boganda. La France finit par l'écarter du pouvoir alors qu'il était en voyage hors de son pays et rétabli David Dacko.

Pendant deux ans il dirige le pays qui s'enfonce dans la violence, il finit par démissionner, il est remplacé par son chef d'Etat-Major aux Armées, André Kolingba. De 1981 à 1991 ce dernier est à la tête d'une dictature militaire. Il autorise finalement le multipartisme et perd les élections face à Ange-Félix Patassé en 1993. Voilà le premier président élu de la République Centrafricaine. Patassé est considéré comme immortel et invincible. Il a été plusieurs fois ministre sous Bokassa, candidat malheureux à la présidence à plusieurs reprises il est réélu en 1999. Il ne termine pas son deuxième mandat puisqu'après quelques coups d'Etats, il est renversé par son ancien ami François Bozizé le 15 mars 2003 : « le sursaut patriotique ».

François Bozizé était général de Brigade sous Bokassa, il a tenté un coup d'Etat avec Ange-Félix Patassé contre André Kolingba, il a essayer de maintenir le pays dans le calme lors des mutineries de 1996 et 1997 sous les ordres de Patassé. Il tente un coup d'Etat en 2001, part en rébellion et finalement prend le pouvoir en 2003. Il est élu démocratiquement président de la VI république centrafricaine le 11 juin 2005 pour un mandat de 5 ans.

L'histoire récente du pays est très mouvementée, pour ceux qui ont fait attention le mandat du président Bozizé a pris fin ce vendredi 11 juin 2010 à minuit. Mais bon, ça va... Il est toujours président car l'assemblée nationale a voté au mois de mai la prolongation de son mandat jusqu'à ce que la CEI (commission électorale indépendante) organise des élections. Pour résumer encore un peu, cette commission est chargée de faire les listes électorales, le problème c'est qu'il n'est pas possible d'aller dans toutes les régions du pays car des rebelles s'y trouvent (8 régions sur 14 ne sont pas pacifiées entièrement). Pour que l'Etat retrouve son Droit, il y a un processus en cours qui s'appelle DDR (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion) des anciens rebelles. Cette affaire là est carrément au point mort, le gouvernement semblerait ne pas jouer le jeu. Entre-temps, le Général-Président déclare sur RFI qu'il laissera le pouvoir si c'est ce qui ressort des élections. Aujourd'hui les élections ne sont pas à l'ordre du jour, d'autres affaires occupent locales occupent les centrafricains.

Être loin de la France fait écho à tous les soubresauts qu'à pu connaître notre pays, ô combien la route fut longue et combien nous avons énormément de chance d'être né dans un pays comme celui-là. Il est loin d'être parfait mais comme le disait Winston Churchill, « la démocratie est le pire des régimes, à l'exception de tous les autres ».

 

 

 



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